Sur
ce qui aide
Étant de veille un vendredi dans un espace calme, j'ai
souhaité revenir vers les participants à l'Espace
d'échanges pour partager quelques réflexions sur
l'aide que l'on peut attendre lorsqu'on est pris dans une douleur
qui nous déborde, la quête d'un appui.
Parfois ce qui nous saisit est tellement fort et inquiétant
que l'on crie à l'aide partout et que rien ne semble
temporairement suffire à apaiser... Cela tient probablement
en partie à la force de ce qui nous saisit, et qui fait
que personne ne se sent à la hauteur... L'issue, le praticable
(cette galerie qui permet de se déplacer dans un théâtre)
se trouve alors probablement dans la chaîne de solidarité
que forment les différentes aides disponibles.
Par exemple, un médicament, ça ne peut certainement
pas suffire à faire taire un mal de vivre ni empêcher
totalement le ressenti d'un vertige douloureux. Cela ne veut
pas dire que cela soit inutile... Cela peut être un peu
comme une rampe sur laquelle prendre appui pour ne pas tomber,
cela peut procurer un apaisement ou un repos qui permette de
restituer quelques moyens pour faire face et trouver les ressources
insoupçonnées en soi et dans la relation à
l'autre
Il y a bien sûr les amis, et c'est le plus précieux.
Parfois cependant, ils peuvent être trop inquiets et se
sentir impuissants, devenir silencieux face à des émotions
« trop fortes »... Pourtant les amis restent la
ressource la plus précieuse, même si cela peut
être important qu'une part de la difficulté trouve
d'autres voies pour s'exprimer, et pouvoir ainsi conserver les
amis.
Il y a aussi la famille, les parents, ce sont ceux à
qui l'on tient le plus, même si ce n'est pas toujours
selon des sentiments égaux, parfois même de manière
tumultueuse... alors on a peur de les toucher trop fort, de
leur faire de la peine... Il est vrai que ce n'est pas sans
risque qu'on partage son for intérieur à l'adolescence
avec ses propres parents chez qui peut se réveiller leurs
propres difficultés passées. Pourtant ce partage
des difficultés peut aussi créer des liens, permettre
de se retrouver... Sans oublier les frères et sœurs
avec qui l'on a partagé beaucoup, même si les points
de vue sur ce commun peuvent diverger.
Rencontrer un(e) thérapeute à qui parler de ses
difficultés, de ses émois, c'est une chance de
faire un parcours ensemble, même si parfois il y a la
confrontation au silence, même si parfois cela semble
loin de ce que l'on vit ou ressent au jour le jour entre les
consultations ; parfois même on peut avoir des doutes
sur l'utilité de parler. Mais au bout du compte, quand
ces difficultés peuvent se dire, cela s'avère
bien souvent le chemin vers un plus...
Et si cela va vraiment trop mal, si un refuge est nécessaire
ou un appui ponctuel indispensable, il existe les numéros
de téléphone d'écoute ou les numéros
des salles d'urgence où des personnes peuvent trouver
les mots et éventuellement chercher des solutions...
Parmi toutes ces aides disponibles quoique pas toujours facile
à saisir, Passado prend tout son sens. Sous sa signature
pour les participants, ou le paraphe de ses initiales pour les
animateurs, chacun peut se risquer à parl'écrire
des choses qu'il (elle) n'oserait peut-être pas dire ailleurs,
et cela afin de trouver du répondant... même si
le rythme selon lequel se manifeste ce répondant n'est
pas toujours immédiat, même si le corps de l'autre
est à distance quoique l'on puisse avoir envie de le
tenir dans les bras et de se réchauffer...
Il y a aussi les paroles des poètes, des chanteurs, des
artistes... les histoires des autres où reconnaître
quelque chose de soi... les rythmes ou paroles qui ouvrent vers
la vie, le mouvement... dans lesquelles aussi déposer
des douleurs très lourdes pour soi seul... parfois de
nouvelles perspectives, une possibilité de se détacher
de ce qui nous accable... Et trouver des lecteurs à ce
que l'on écrit à partir de ce que l'on ressent...
Ces liens par les mots se déployant sur Passado ou ailleurs...
Le Scriboire sur lequel est
publié ce texte, le Florilège
comme la Pass'thèque,
pouvant d'ailleurs être utilisés comme autant de
réservoirs d'inspiration, à compléter aussi...
Passant en revue ces différents moyens, chaque remède
pris isolément peut sembler buter contre sa limite et
générer un sentiment d'impuissance... mais il
me semble qu'en envisageant plusieurs appuis en même temps,
cela peut faire une chaîne, une ronde qui permet de retrouver
la chaîne de la vie...
Juste
avant de terminer ce texte, TF me fait part d'une de ces lectures
actuelles :
Dans son livre "Zeugma", Marc-Alain Ouaknin cite le
livre "Alzaia" de Erri De Luca – pour faire
découvrir la phrase suivante : « Le mot hébraïque
"espérance" est tikva veut dire "corde":
et "Si tikva signifie "corde", c'est
aussi qu'une corde est faite de la mise ensemble, du rassemblement,
du tressage de plusieurs fils. Cette mise ensemble, ce rassemblement,
est une racine (QVH) très tôt utilisée
dans le texte biblique de la Genèse pour parler du rassemblement
des eaux (miqvé ou miqvéh) en
un seul endroit et la constitution des mers et des océans.
»
Espérons que les différentes aides puissent ainsi
constituer une tresse qui fasse aussi racine et horizon.
Venir
sur passado est possible à tout moment même si
les circonstances de la vie peuvent rendre intermittente la
présence, même si le rythme des échanges
n'est pas toujours prévisible.
Plusieurs participants nous ont exprimé combien ces différentes
aides peuvent être difficile à saisir, et que chacun
a ses limites...
Sur Passado,
ils ont apporté leurs mots, leurs expériences,
leurs encouragements, leurs questions, parfois aussi la manifestation
de leur affection et leur attachement, leur manifestation de
tendresse...
À
travers chacun, la vie des échanges témoigne d'une
présence via l'Espace auprès des autres : les
différentes réactions des participants qui chacune
contribue à se soutenir mutuellement.
Dans
l'attente de vous lire et d'accueillir ce que chacun souhaite
déposer afin de trouver le répondant qui puisse
lui permettre d'ouvrir de nouveaux horizons.
AM