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Passe "adolescence"

par MH

 

Puisqu'il y a " des idées en commun des deux côtés ", ne rangeons pas les adolescents dans un tiroir à part de celui des adultes ! Voilà la teneur d'un petit débat qui s'est ébauché sur ce thème au fil de quelques échanges. Sortirait-on indemne de ce passage si tumultueux de l'adolescence, de ces moments si difficiles ? La solution est-elle de chercher à " ne pas se compliquer la vie " ?

Je voudrais partager avec tous quelques idées lues dans le Journal de Witold Gombrowicz, écrivain polonais du XX° siècle, qui par les hasards de l'existence s'est trouvé vivre quasi tout le temps comme un émigrant, car elles m'ont semblé pleines de vie :

 

" Suis-je malade lorsque j'affirme qu'au sein de l'humanité s'opère sans cesse une collaboration clandestine des âges et des phases de développement, que s'y déroule un jeu d'enchantement, de fascination, de violence, qui fait que 'l'adulte' n'est jamais uniquement 'adulte' ? Nous disons : l'homme. Pour moi, ce mot ne signifie rien. J'ai toujours envie de demander : l'homme de quel âge ? Par quel âge fasciné ? A quel âge assujetti ? A quel âge lié dans son humanité ? " et aussi " Il est certain qu'à partir du moment où l'homme en vient à perdre en lui-même l'adolescent, d'où saurait-il prendre quelque légèreté ? " (tome II pp. 492 et 371, Folio 2768)

Il y a dans cet extrait un désir de rassembler la vie par l'évocation d'un lien que " quelque légèreté " pourrait préserver. Cette légèreté suppose de pouvoir être, et rester, toujours un peu étranger à soi-même.

Au seuil de l'adolescence, exilé de l'enfance, seul soudain, et loin de tout, sans rien avoir demandé en plus, on se demande si " on est en fait peut-être obligé de souffrir seul et en silence dans ce monde ". Les copains, les parents, son ami ou amie… tous… ensemble… séparément… Quelle place pour chacun et pour soi parmi eux ? Tout devient différent, incompréhensible, inexplicable ou injuste.

Séparation. Plusieurs échanges sont revenus, comme par le travers, sur la difficulté ou l'impossibilité de pleurer. " J'ai envie que les larmes tombent, de tout lâcher… " " Les larmes sont là et ne veulent pas sortir… " " Ca fait trop mal de pleurer… ". " J'aime pleurer ", disait un message comme dans un écho lointain qui parlait de nostalgie. Jacques Roubaud ( , Poésie, Gallimard, 2000) écrit :

 

(…) mais les mots sont pour toi le sel et le jeu avec quoi l'on déduit les phrases qui sècheront avec quoi l'on brûle jusqu'aux enfances (…)

où s'entremêlent les phrases et les pleurs, l'encre et les larmes où se brûlent " jusqu'aux enfances ". Et je me suis demandé si pleurer n'était possible que si l'on peut faire un retour en arrière, revenir sur ses pas, défricher, visiter ses souvenirs, s'en laisser imprégner librement, sentir que ces choses de l'avant, de l'enfance, sont là comme des choses auxquelles nous pouvons peut-être accéder sans sentir la menace d'un nouvel engloutissement !


C'est bien un trou ce trop où l'on est. " Ca va passer… on croit aider en disant cela, mais ce ne sont que les gens qui n'ont pas vraiment vécu quelque chose qui le disent… ". Comment faire pour que ce ne soit pas une mauvaise passe ? Comment jouer des écueils pour tracer un chemin qui soit le sien et sur lequel on se retrouve ? Cette traversée ballotte naturellement l'adolescent de " l'enfance à l'âge adulte, entre l'enthousiasme et le blues, entre l'idéal et la contestation, comme " un équilibriste se trouverait sur la limite de soi-même ". Qu'est-ce qui sera à accomplir ? Cela cesserait-il ensuite complètement ?

Quand il quitte le port un soir, le marin se confie aux feux de la mer qui s'allument çà et là par intermittence, sans éclairer, et lui donnent des repères, quelques balises qui le prennent par la main, avec lesquelles il sait qu'il pourra faire son propre chemin.

 

" il y avait des jours joyaux placés rarement dans les années une suite charmante extraite de la suite sans timbre des jours jours de marrons et jours d'ours jours de feux diversement séparés jalonnant éclairant la durée ombre

" un arbre présidait à l'équilibre des richesses ses feuilles s'avançaient sur d'invisibles distances de temps du vert au brun un rythme voilé saisissable par le sang seulement par vue diffuse par quelque chose comme l'ubiquité des sens

" la course était encore longue du ciel dans le ciel où dressaient vents nomades des tentes claires puis sombres et plus longue plus lente était la montée des jours marqués

" comme si la vie glissante avait voulu se retenir ajouter sa signature à l'alternance naturelle creuser le duvet de l'enfance rassurer mettre lumière "

( , Poésie, Gallimard, 2000)

Comme l'éclaireur, dont le déplacement agile et aux aguets fait de la lumière en avant de lui-même vers un ailleurs encore inconnu et déjà pressenti.

M H

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