|
JE
s'adresse
proposé
par AM
"Passado",
proposition d'espaces et de passages pour l'adolescence, est aussi
un lieu où des jeunes se sont adressé, à
nous animateurs et aux autres participants, et aussi peut-être
à chacun qui peut entendre, à quiconque, à
personne, et encore à la page vide, au silence, au hasard.
La demande formulée est parfois claire et directe, parfois
étrange et étonnante, tantôt aveugle et tantôt
clairvoyante, quelque fois impérative ou lancée
telle une bouteille dans le vide. Chacun est en attente d'un retour,
venu des animateurs, des autres participants ou encore de la possibilité
de relire ce qui sorti de soi pour venir s'inscrire à l'extérieur
de soi. C'est alors comme une rencontre avec une intimité
revenue à soi comme étrange, c'est parfois aussi
comme une actualisation des émotions ignorées, de
la rage qui tiraille, des aspirations qui effraient.
Re-traçons quelques lignes d'une telle adresse afin qu'elle
fasse trace pour chacun.
Qui
s'adresse ?
Comment
désigner celui qui écrit sur Passado : un adolescent
? un "pseudonyme" ? quelqu'un qui parle en son nom ou
qui se cache derrière un anonymat ?
Après trois mois d'expérience, la réponse
est sans détours : les messages qui sont parvenus viennent
d'une pluralité de "Je" qui inventent leur signature,
qui parlent vrai à partir de lieux sans maîtrise,
qui sortent de leur habit coutumier pour aller au devant de ce
qui peut alors venir de soi. Ainsi, le "signataire"
- chacun écrivant en effet sous sa signature d'auteur par
laquelle leur autres le reconnaissent - se trouve souvent étonné
de ce qu'il peut énoncer en un "Je" qui s'explique
alors avec son double qui, sous son "nom", tantôt
pense se connaître, tantôt se trouve tout dérouté,
tantôt se retrouve avec surprise.
N'allez pas croire non plus, que celui qui écrit sur passado
puisse être classé à part ou qu'il ait des
questions particulières à telle tranche d'âge.
Les questions sont au contraire celles de tout un chacun, que
beaucoup peut-être oublient mais qui pour chacun peuvent
être réveillées. Une participante déclare
ainsi très justement : "lorsque
je parle avec des adultes, je réalise qu'ils ont parfois
les mêmes idées, les mêmes problèmes,
ils réagissent comme nous et je trouve que nous classer
"dans la passe ado" nous écarte de tous les autres.
Et c'est là qu'on ne nous prend plus au sérieux,
enfin pas comme si un adulte vous parlait. je sais pas si on comprends
ce que je veux dire
" Ainsi donc, celui
qui parle sur passado est celui qui est en prise avec le vif des
questions de chacun quelque soit sa soit-disant "classe".
Commencer
par mettre le lieu à l'épreuve !
Les
premiers échanges, abrupts, interpellent ce "lieu-dit"
de passages et d'échanges : "
Ici, l'aspect est assez bizarre : soit ça foire ! soit
y a personne qui cause ! " ou "
Pourquoi ne pas faire un vrai forum ? moi, j'ai proposé
de créer une passerelle ! " Les participants
s'interrogent : pourquoi donc l'adresse n'a-t-elle pas une réponse
immédiate ? Les animateurs tiennent bon sur le principe
de la médiation proposée, soutiennent le ralentissement
et le différé du retour qui donne une autre valeur
à l'adresse. Les participants questionnent alors la finalité
: " Au fait, le projet passado,
quel est son but mis à part nous faire parler ? J'ai l'impression
que l'archivage de nos interventions sera étudié
juste
? " Les animateurs rappellent alors la gageure
: laisser une trace, permettre un retour, autoriser un écho
surprenant, perdre le contrôle de ce qui pourtant engage
réellement. La question insiste, mais elle revient autrement
posée par un autre participant : "
bonjour, je suis nouvelle, se serait hyper sympa si vous pouviez
m'expliquer ? " ou "
j'ai pas encore tellement bien compris ce qui se passe ici, mais
je me suis dit que j'allais faire un petit coucou à tout
le monde en me présentant " ou encore "
j'aurais voulu voir les messages déjà postés
" Là, les animateurs ont revu leur copie
et transformé le dispositif - voir la page "principes"
- afin que l'archivage permette enfin à chacun des participants
de retrouver les échanges récents et non pas uniquement
ses propres messages coupés des échos du dehors.
Un tel dispositif s'impose d'autant plus, argumente un animateur,
" qu'être seul avec soi-même
peut aboutir à ne plus s'y reconnaître dans la multitude
des personnages de soi-même, et qu'il est alors impératif
de retrouver le répondant de l'autre, des autres, afin
de s'y retrouver avec le fouillis en soi. "
Et
pour adresser quoi ?
Après
cette entrée en matière, les participants se risquent
à déposer, sous leur signature, "cela"
qu'ils souhaitent partager, "cela" à propos de
quoi ils attendent un écho des autres. Ainsi se construisent
les strates d'une pâte feuilletée que personne ne
maîtrise et en laquelle chacun s'engage et du même
coup lui fournit sa consistance. Se partagent alors les questions
sur l'amour et l'amitié, sur les lieux bien sûr puisque
c'est le thème proposé, mais aussi sur bien d'autres
choses qu'il n'est pas possible ni opportun de reprendre. Parfois,
c'est une " bouteille lancée
dans le vide " dans l'espoir de trouver un destinataire
qui réponde et offre un praticable au cur du désespoir,
parfois c'est le besoin de témoigner et de dire "
j'ai un big problème ", parfois c'est l'envie
de simplement partager un voyage, une chanson, un intérêt
particulier, une découverte, un plaisir simple.
Déposer
son "énerve"
Pour
ce parcours transversal des échanges, suivons quelques
méandres d'une dimension particulière : celle de
la colère en soi que les participants sont venus déposer
dans ce lieu "passado".
Sous sa signature, l'un écrit qu'il "
se prend la tête à chaque fois que quelque chose
me barre la route
" : l'auteur du message
se tient entre le "Je", à qui la route serait
barrée, et le signataire, "celui qui se prend la tête"
et tente de se faire entendre sous son "nom d'auteur".
Ainsi, le "signataire" exprime sa colère devant
ce qui barre la route au "Je" qui tente de s'énoncer.
Un autre lance son interpellation sur l'espace d'échange
afin de comprendre ses réactions : "
Je ne peux pas m'en empêcher ! Pourquoi ? Je ne sais pas.
Si quelqu'un a une idée ! " La question
directe trouve un écho chez l'un -
" Disons que cela s'appelle le "spleen" "
- tandis qu'un autre emboîte le pas - "
je veux bien détailler tout ce qui se passe dans la tête
" - suivi par un troisième - "
et zou à moi d'expliquer un poil mon passé ".
Le lieu de l'adresse, d'abord indéterminé prend
alors consistance et permet de contenir un peu l'étrange
qui s'énonce. Les échanges tournent autour de la
tentative de maîtrise qui fait découvrir ce qui échappe
de soi et que chacun tente d'apprivoiser à sa manière
:
"
ce que je fais quand je contrôle plus rien,
j'attends, j'ai rien d'autre à faire
j'essaie d'être méthodique pour tout reprendre
en main
j'essaie d'en parler
hmmm
oui et non
pas
de tout non plus
et puis que dire ? ? ? "J'veux être maître
du mondeuuuuuh"
pas à ce point là, mais je ne vois pas ce que
je pourrais dire d'autre "
Ce
message, exemplaire de que chacun un jour pourrait dire, montre
comment un "JE", en tentant de se contrôler, parfois
s'étrange et s'étonne, cherche un répondant
et un retour.
Sur l'espace d'échange, l'un dépose dans l'espoir
de recevoir et de donner - " Je
voudrais que le message soit diffusé pour pouvoir avoir
de l'aide et peut-être à mon tour aider des personnes
" ou " Je me sens
bien d'écrire tout cela autre part que sur une déposition
ou dans mon journal intime " -, l'autre lance
un appel aux autres participants, et aussi aux animateurs, pour
résoudre une question : "
A oui, j'ai quelque chose qui me hante
Parmi l'équipe
certains d'entre vous peuvent-ils expliquer les rêves ?
Voilà, je vais vous le raconter en gros, franchement là
j'ai peur ! " La transcription du rêve témoigne
alors de la violence et de la douleur, difficiles à contenir
; et les autres participants peuvent lui faire écho en
partageant les leurs ; et les animateurs cherchent à ponctuer
le mille feuille des échanges afin qu'il ne se referme
trop ni ne se disperse à l'excès. Pour cela, quelques
éléments sont donnés afin de baliser la réception
:
"
Le rêve s'entend, avec des oreilles déformantes
toujours, comme une tentative de se retrouver soi-même
au-delà des divers personnages en soi, que l'on aime
et que l'on déteste selon le moment.
Le rêve s'entend comme une quête du sens de la vie
qui chavire puis se rétablit, particulièrement
lors de la perspective de perdre des êtres chers, proches
et que pourtant on ne connaît pas. On est alors envahi
alors par la question du sens que leur vie a pu avoir, et du
sens de la nôtre.
Le rêve s'entend aussi comme une question angoissée
portant sur ce que soi-même, étranger à
soi-même, peut bien vouloir au-delà des demandes
d'affection.
Le rêve interroge encore comment devenir un autre, être
quand même celui que l'on quitte, vouloir s'oublier et
se retrouver en même temps, au travers d'un souci de se
protéger de la vie mais aussi de pouvoir en recevoir
ce qu'elle peut donner.
Comment concilier ? Comment retrouver la justesse au-delà
des excès du rêve et de la réalité
? Le rêve est rempli de questions et de chemins, le plus
souvent encombré d'embrouilles comme parfois peut l'être
la vie.
Au rêve de l'un, d'autres peuvent faire écho et
faciliter la traversée. Mais attention aux interprétations
qui peuvent faire violence ou arrêter. Les interprétations
en réalité n'appartiennent à personne,
elles ne se dégagent que de l'existence personnelle partagée.
Le rêve de l'un, avec ses chemins, ses détours,
ses dangers, ses rencontres effrayantes, peut aussi parler à
d'autres, les aider à se sentir un peu moins seuls dans
leur chemins propres qui peuvent aussi se dérouler selon
des détours étranges, à chaque fois singuliers
Ainsi la gageure des espaces d'échanges consiste-t-elle
à garder le juste ton, à partager avec d'autres
sans faire intrusion, à témoigner de soi pour
que d'autres ne soient pas seuls tout en gardant son intimité,
à obtenir retour pas trop violent sur la violence des
émotions en soi-même, à dire les choses
contradictoires qui s'agitent en soi-même afin d'ensuite
les apprivoiser, les traverser, retrouver la voie sûre
que personne ne peut directement indiquer.
Les questions sur soi-même témoignent ainsi d'un
moment de désorientation avant de se retrouver, d'une
recherche de soi, au plus loin de soi, d'un désarroi
devant les contradictions en soi. "
Quelques
messages témoignent alors de la rage qui gronde, quelques
rêves partagés mettent en scène la violence,
ils témoignent d'un énervement intérieur
adressé à l'autre afin de tenter de s'y retrouver
et savoir ce qu'il en est.
Cela m'a évoqué la lecture
d'un livre de Christophe Galland intitulé "JE s'adresse"
et dont le quatrième de couverture énonce ainsi
l'enjeu de l'écriture :
"
Quand "JE" soliloque, c'est bien sûr pour
s'avouer ses colères, ses doutes, ses naïvetés,
ses émois.
Ah ! se trouver enfin nez à nez avec la Face-du-Monde
!
s'inventant une langue
Si "JE" en effet nous fait rire, c'est parce qu'il
se débat comme un beau diable avec "le grand
insatisfe en lui", s'échinant à se retrouver
dans "la grande disperse de soi".
Pas de doute : c'est bien à nous que "JE"
s'adresse quand il observe, ironique et tendre, le bavard
qui s'agite "dans le singule de sa personne en crise"
"
(Christophe Galland dans "Je s'adresse"
- Editions Cheyne, 1997)
Personne
ne possède la réponse, le "Je" ne sait
pas à qui il s'adresse mais il importe qu'il se trouve
une adresse, afin que la question suive son chemin et qu'une réalité
s'invente dans la traversée.
C'est sur fond d'une telle nécessité de l'adresse
que les animateurs reçoivent ce message :
" j'ai envie de tout défoncer
taper dans tout ce que je trouve, dans mon père, dans
ce pc
dévaster la maison
je veux tout et
je veux rien
envie de pleurer et jamais ces putains de
larmes coulent.
Je suis qu'un pantin comme les autres de gré ou de force
et ma putain de singularité fait que j'arrive encore
à être différent. "
Le "Je"
énervé, perdu, singulier contre son gré,
rencontre l'écho des animateurs - "
Il a du t'arriver quelque chose pour que soudainement ta colère
remonte ainsi " -,
comme celui de participants - "
Pourquoi tant de colère dans ce message ? On n'en connaît
pas la cause ? ? ? ? ".
Ces échos incitent alors le "Je" à se
relire et à tenter de s'expliquer avec la part qui s'est
ainsi énoncée sous sa "signature" :
" Pourquoi ? c'est la question
que je me pose depuis tant d'années.
Je vais essayer de répondre
d'abord relire l'ancien
message, que j'ai lu sans vraiment me donner la peine de le
comprendre.. me relire en même temps
hmmm certes
je m'étonne un peu d'avoir écrit cela..
Ce que je vois dedans, c'est
la cause ! ? non, y a pas
de cause précise, juste des réactions en chaîne,
des gouttes qui coulent dans un vase, un vase déjà
bien rempli, et au fur et à mesure on se noie dans ce
vase
Oui j'aurais pu être calme ce jour là, un jour
comme les autres - quand on est habitué, on sait y faire
et on continue mine de rien
Pourquoi ce jour là j'ai préféré
gueulé ? je n'en sais rien, j'ai pas vraiment pu d'ailleurs
tout sortir, je n'ai même pour ainsi dire RIEN sorti.
frustrant non?? moi je trouve.
Je passe de moments de "je-m-en-foutisme" grave au
niveau relationnel à des moments de "je-pete-une-case-sur-place"
en un rien de temps. Apparemment, aujourd'hui je suis dans une
journée extrême de "clairvoyance" non
pas que je vais vous sortir l'avenir mais que je perçois
mieux certaines choses.
C'est là que je fais un énorme sourire ironique
pour dire que je me retiens de vous dire ce à quoi je
pense
ce serait très dur pour moi d'admettre des
trucs assez négatifs
et même, de me dévoiler
comme je suis purement et simplement
n'empêche que
ça serait une expérience pour moi de voir les
réactions
Toujours plus loin, toujours plus haut... gare à la chute
Un peu de tout comme idées s'enchaînent dans ma
tête
arf, on pourrait peut-être comparer à la perception
du monde par un môme caractériel en pleine puberté
et désoeuvré car il ne comprend rien à
ce dont il participe : la vie.
À propos.. pourquoi je réponds ? pour recevoir
une réponse que je lirai peut-être à peine?
pour faire part de mon nombrilisme, de façon universelle
au reste de ce forum ? je me doute du fait que je suis là
que pour mon propre intérêt : je suis humain après
tout et autant m'assumer dans l'être que je suis sensé
représenter "
Un animateur tente alors sa réaction :
" La colère peut ainsi venir de la simple accumulation
de petites choses du quotidien, de rien de précis ou
de particulier, accumulation de ces choses qui séparent
un peu trop de la vie.
On ne s'y retrouve plus. Pousser une colère mettrait
alors un arrêt au remplissage, fait un appel d'air, rappelle
à sa manière que la vie est là, que le
monde, c'est de l'humain, que ça ne tourne pas tout seul,
qu'on est là. Il faut sans doute parfois savoir attendre
que ça passe et avoir ses trucs pour ça. Mais
ce genre de colère est peut-être la promesse de
quelque chose qui doit venir
"
D'autres participants
rentrent alors dans la ronde, soit en s'impliquant dans ce qui
leur arrive en écho - " Moi
non plus, je ne sais pas pleurer
" -, en
se démarquant du discours des animateurs - "
Et je ne suis pas d'accord avec les animateurs : des crises de
colère ne sont pas forcément provoquée par
quelque chose, des fois des détails suffisent "
-, ou en interpellant l'autre - "
et toi, qu'est-ce que tu fais dans ces cas-là, pour te
calmer ? " -, ou encore montrant comment chacun
ne peut parler que de soi - " hey,
je te signale qu'on est tous là pour parler de soi, je
doute qu'il y ait quelqu'un qui soit juste là pour aider
les autres (à part les animateurs bien sûr) ! ".
Finalement
chacun cherche à partager ses questions, à affronter
ses contradictions, à tenter ses réponses, à
faire comprendre l'incompréhensible, et c'est pour cela
aussi qu'on vient sur passado :
" L'idée m'est
venue de m'exprimer ici (car impossible de joindre mes amis).
Je ne sais pas ce que vous faites vous, pour sortir cette
surcharge d'émotion quand vous êtes seul.
Tout est confus : je déteste la vie
envie de
tout changer, tout
et puis bien sûr, c'est impossible.
On a d'abord un passé qui nous donne des racines, un
passé qu'on n'oublie pas
et je dois dire que
je ne comprends pas les gens qui disent qu'il faut tourner
la page, voir le futur, alors que tout nous rappelle le passé,
et que parfois les douleurs du passé sont présentes
dans le présent et
pppfffff
je dois dire que je ne sais pas trop ce que
je dis
Je ne sais pas si quelqu'un a compris quelque chose dans tout
ce que je viens de dire
et je vais m'arrêter car c'est de plus en plus
compliqué ! "
Revenons pour terminer au livre de Christophe Gallant, il s'y
trouve une page remarquable intitulée justement "Énerve",
une page où l'auteur cherche, espérant être
délivré de la question par des experts, mais sachant
aussi qu'il devra l'affronter au travers de l'écriture
et de l'invention d'un langage :
" ÉNERVE
- je ne sais pas quoi penser de l'énerve qui me prend
ce moment.
Y a-t-il le rapport avec ce que le système de digère
ingurgite, ou bien est-ce de l'ordre conséquent d'une
disconvenue cérébrale, d'une contrairiation de
l'âme ?
Si, peut-être, est-ce un mariage à vivre mal entre
une molécule de synthèse d'un sirop corrosif d'une
part, et un gène de l'héréditaire tout
dans l'application de la tradition d'autre part ?
Si, est-ce une réponse qu'est pas donnée à
une question qui porte au-delà du physique?
Que poursuivre ?
Je ne saisis point bien du tout.
La cause échappe à l'entendement, plonge ma personne
toute affûtée à la découvre, dans
l'expectative improbable du vrai.
Aurais-je été, étant pas encore conçu,
ou tout juste en passe de l'être, l'objet d'une manipule
de gènes ?
Ai-je été, il y a pas long, la victime d'un haut
lieu du gastronome, mal approvisionné en fraîcheur
de produits de la terre ou de la mer ?
Devrais consulter pour en savoir !
L'ignore est mal vécu par ma personne.
Devrait se renseigner auprès du corps médical
qu'a l'avantage du diagnostic, à défaut du guérir
vrai.
Corps médical, je te pose la question :
quoi penser
?
Faisons-nous bien, moi et ma personne de nous intéresser
à pareille démangeaison du savoir ou bien devons-nous
considérer l'état des choses comme dans l'inévitable,
dans l'incontour qui fait la définette en propre de l'homo
sapiens ?
Fais-nous la réponse, monstre-toi Corps du savoir.
Débrouille l'interroge !
Fais en sorte que nous ne plongeons pas dans le doute à
renouvelles !
Donne-nous l'accès au bout sûr.
Assois-nous, plonge-nous dans la chair chaude et réconfortante
du certain.
Voilà pour un temps l'expressivité du désir
simple.
Trouvera-t-il réalisation dans peu pour notre plus grand
soulagement ?
Suffit de faire l'attente, nous dit-on, d'attendre à
quand, mais avons-nous assez la patiente dans les nervures ?
"
(Christophe Galland dans "Je s'adresse"
- Editions Cheyne, 1997)
Passado
offre aussi un espace où accueillir ce genre de questions
incontournables que chaque adolescent peut traverser à
un moment ou un autre, et dont seule parfois la médiation
du partage de l'improbable peut offrir une issue alors même
que la quête cherche désespérément
une certitude qui serait aussi sa catastrophe. Dans les échanges,
il est aussi arrivé que les animateurs soient convoqués
à se prononcer sur le "Corps du savoir". Ainsi,
nous parvient une question simple qui cache probablement une réalité
complexe : " j'aimerais savoir ce
qu'est un "borderline" ". La réponse
ne voudrait pas étouffer la vie qui se cherche à
ses limites :
"borderlines" est un terme utilisé en psychiatrie
et psychologie clinique pour désigner des personnes
qui sont "sur la limite". Selon les écoles,
il est cependant utilisé de manière très
différentes (soit comme simple description d'une attitude,
soit comme un mode de personnalité constante) ; cela
constitue une des discussions les plus importantes entre spécialistes
qui parfois ont des échanges virulents sur la question.
Cette question est particulièrement importante pour
les adolescents et les jeunes qui sont presque "naturellement"
sur une limite, entre l'enfance et l'âge adulte, entre
l'enthousiasme et le blues, entre les idéaux et la
contestation, etc.
L'état "borderlines"
peut être le propre de toute personne qui est en transition
et en changement, qui se cherche, qui de temps en temps s'égare
avant de se retrouver. Certains cependant y sont un peu plus
que d'autres, avec des oscillations plus importantes, des
prises de risques, des moments vertigineux.
Voilà
ce mot "borderlines" désigne
quelqu'un qui est à la limite, qui est presque débordé
par les émotions qui le traversent avant de se récupérer,
qui est traversé par des moments un peu étranges
avant de se reconnaître, un peu celle de l'équilibriste
sur la limite de soi-même. "
Ainsi,
sur Passado, les participants adressent, sous leur signature,
la part d'eux-mêmes qu'ils souhaitent partager, dont ils
souhaitent parfois se sentir soulagés, qu'ils tentent aussi
d'apprivoiser et de comprendre avec d'autres. Et les animateurs
sont là pour réagir de temps à autre, pour
suggérer et parfois se laisser prendre au jeu de quelques
associations, en restant cependant en retrait, et en misant sur
une confiance dans la parole écrite qui se déploie
en mille-feuille, et qui trouve des échos de l'un à
l'autre de ses feuillets. Et lorsque le "Corps du savoir"
est convoqué, il s'agit de ne pas se désister sans
pour autant interrompre par la certitude, il s'agit de naviguer
sans prôner l'ignorance, sans laisser non plus se figer
la vie et la vérité, en tentant simplement de redonner
à ce "Corps du savoir" une place et une consistance
justes.
Et si ce parcours des échanges a été si long
- peut-être trop long -, n'y voyez que la trace de l'importance
accordée à ce qui s'y joue, grâce à
la mise que chacun a pu y engagé, et à laquelle
j'ai tenté d'être le plus respectueux.
AM
Septembre
2002
|