Mal
à en crever
Les envies de tout plaquer
viennent souvent faire la « une » de l'Espace
d'échanges. Elles sont chaque fois l'occasion de revenir
sur ce qui tient autour de soi, ce qui fait tenir à la
vie.
Ces envies mettent celui
qui se manifeste au bord de l'abime, oscillant entre se laisser
tomber ou se rattraper à ce qui accroche. Une phrase
récente s'est montrée exemplaire, à cet
égard :
Par
moment j'ai envi de tout plaquer de me dir : c'est bon je vais
métre fin a cette vie de merde ,a qui sa pourré
fair mal ? Mais merde je suis qu'une sale égoiste !!
J'ai pas le droit de dir sa . .
Le point de bascule apparaît
dans la question : à qui ça pourrait faire
mal ?
Cette question entraîne
de la retenue, par dépréciation de soi ou par
perte d'un droit. Cela nous a intérrogé.
Ce qui retient, c'est
avant tout quelqu'un qui tient à nous. Mais cette retenue
s'accentue, il se pose comme un interdit sur le « dire » :
pas le droit de dire ça ! Cet inter-dit n'est-il
pas ce qui empêche justement de tenir à la vie,
de se sentir le droit de dire, de penser à soi, de vivre
autre chose qu'une « vie de merde ».
Le quelqu'un qui retient
semble avoir deux faces : celle de l'amour et celle de
la haine. Ce quelqu'un aurait mal si l'auteur du message mettait
fin à sa vie mais tout autant s'il mettait fin à
ce qui est merdique, pour pouvoir vivre autrement.
Cela invite à
transformer les points d'exclamation en points d'interrogations
et à suivre la piste ouverte par les points de suspension.
Cela rend attentif
à la manière dont le parl'écrit surprend
celui qui adresse par celui qui lit.
Cela donne envie d'encourager
à poursuivre dans le dire de ce qui te donne parfois
envie de tout plaquer.
Le fait de pouvoir,
par la parole, nommer ce qui se traverse permet peut-être
à ce moment-là d'ouvrir les échanges avec
l'autre et de transformer l'impression d'égoïsme
en possibilité de partage.
TF, à partir des échanges
entre les animateurs