Présence
/ absence sur l'Espace d'Echanges
Sur l'Espace d'Echanges
de Passado, on discute en groupe. Parfois, un dialogue s'instaure
plus particulièrement entre deux participants, mais c'est
toujours au vu et au su de tous, puisque chacun reçoit
tous les messages échangés, et peut réagir
à ceux qui le touchent, l'interpellent, le concernent de
près ou de loin.
Ce n'est cependant pas
si simple de « faire groupe » sans se voir,
sans savoir si les autres sont là, qui est là, pourquoi
personne ne répond. La présence corporelle, en ce
sens, manque parfois cruellement ! Parler à
quelqu'un qui nous écoute sans rien dire, ou parler sans
savoir s'il y a quelqu'un qui écoute, c'est tout autre
chose !
Les quatre derniers mois
ont été tout particulièrement marqués
par cette question de présence / absence. Les examens
puis les vacances, d'autres choses encore certainement, ont entraîné
une certaine désertion de l'espace, vécue d'autant
plus difficilement parfois qu'elle faisait écho à
d'autres absences.
« Tout
est bizarre, tout le monde est content que ce soit les vacances,
et moi je voudrais que l'école continue enfin sauf quand
je peux jouer au tennis toute la journée mais.
J'ai
besoin d'être occupée pour que tout ne remonte
pas. (.)
C'est
dur pour moi les vacances parce que tout l'équilibre,
tout ce qui était habituel ne l'est plus et rien n'est
sûr d'avance. Et puis je me sens seule mes amies sont
parties en vacances elles contrairement à moi. Et donc
je ne sais plus les voir, leur parler.
Tout
ça fait un vide en moi et je ne sais plus ce qui se passe.
(.) »
Ce vide, cette absence
au niveau de l'Espace, entraîne alors le fait que le participant
« fait écho » à ses propres
messages, faute d'un écho lui venant de l'extérieur,
et tourne en rond, insiste, cherche, appelle.
« Il
n'y a plus personne ici ??? Vous êtes tous partis
en vacances ??? Je me relis et me relis mais je ne trouve
aucune solution.
S'il
y a une personne qui pouvait au moins répondre ça
m'aiderait peut-être parce que je pars vendredi au camp
et j'ai peur de ce qui va se passer tout ce que j'ai écrit
est toujours d'actualité et donc j'ai beau chercher mais
je n'ai toujours aucune solution. J'ai
peur qu'au camp tout valse, que tout se détruise.
Aidez-moi
SVP.
Juste
un message ça fait déjà beaucoup.
Merci. »
Dans ces moments, l'animateur
de veille, habituellement discrètement facilitateur des
échanges, se fait plus présent, afin d'aider au
moins à supporter l'absence. Car c'est quand même
bien aux autres participants que l'appel est lancé, c'est
là que ça se passe ! Le dialogue s'instaure
alors en réponse aux questions de l'animateur, mais l'appel
aux autres reste bien présent.
«
(.) faites écho je sais pas répondez mais c'est
super dur de se relire sans rien voir d'autre que ce que l'on
a écrit et de se dire qu'on ne trouve pas de solution. »
Devant l'escalade de
l'angoisse, l'animateur écrit lui aussi, pour soutenir
l'inévitable solitude avec soi-même.
« Il
est difficile de se rendre compte que personne ne semble pouvoir
venir en aide. Cela indique aussi qu'on se trouve dans une situation
où l'on doit inventer par soi-même. Peut-être
attends-tu trop des autres ? Pour pouvoir partager avec
d'autres, il y a des choses qu'on doit pouvoir garder pour soi,
avec lesquelles on doit pouvoir se débrouiller seul.
Il y a une force qui vient de là aussi. »
Face à l'absence
des autres, et donc face à lui-même, le participant
peut alors témoigner de ce qu'il peut trouver seul comme
solution.
« Et
bien voilà comme personne ne répondait je lui
en ai parlé moi à la personne de ce qui se passait
et je lui ai demandé de m'aider comme elle l'avait déjà
fait (.) »
**********
Une autre participante,
peu après, témoigne elle aussi, à sa manière,
de sa difficulté à se soutenir seule, quand la nécessité
de grandir s'impose avec dureté, à travers l'absence
parentale.
« (.)
Y a aussi les parents qui s'occupent de vous... bah moi c'est
fini depuis longtemps ça...
Enfin
bref, je parle de quelqu'un qui vous prend la main pour vous
guider et j'ai l'impression que ça, c'est révolu
sauf à l'école peut-être , puisque j'ai
"la chance" d'être toujours en secondaire, on
me tient encore un peu la main parfois. Ce point répond
aussi à la question d'un animateur qui demandait si je
me sentais toujours adolescente.
Et
bien non, plus du tout. Je travaille, j'étudie, j'ai
ma résidence à moi, mes responsabilités...
depuis que j'ai 18 ans, toutes mes fautes ne sont plus pour
la pomme de mon père mais à ma charge. J'ai l'impression
que ma vie... elle n'est tenue en main que par moi-même...
et c'est stressant... bon dieu merde, je n'ai pas envie de vivre.
encore moins comme ça.
Evidemment,
je sais que moi, c'est particulier puisque j'ai pris mon envol
très tôt [je n'ai pas eu le choix]. Je suppose
que pour beaucoup de jeunes de 18 ans, ils sont toujours dorlotés.(.) »
**********
Sur Passado, il s'agit
d'échanges entre adolescents, mais à travers la
parole écrite. Certains écrivent parfois des textes,
qu'ils partagent avec les autres sur l'Espace, et qui témoignent
de comment, dans l'absence ils peuvent aussi se soutenir par leur
propre écriture, dans une tentative de mise en mots, de
mise en forme de ce qui leur arrive. Il ne s'agit donc pas à
ce moment-là d'un message adressé aux autres, comme
un appel, mais d'un écrit pour soi-même, partagé
ensuite avec ceux qui le liraient, si par hasard ils sont présents.
Dans la solitude des
vacances, l'animateur de veille soutient cette initiative !
« C'est
chouette d'avoir mis ton expérience par écrit.
Tu pourras peut-être en faire des petits cailloux au moyen
desquels parfois retrouver ton chemin (.) »
**********
Parler de la solitude,
du manque d'interlocuteur, des souffrances auxquelles on ne trouve
pas de solution, peut amener les participants à se poser
la question d'aller voir un psy, et à échanger autour
de leurs expériences à ce propos. L'animateur
de veille ce jour-là, dans sa réponse, reprend justement
ce paradoxe de la présence qui permet de supporter l'absence,
et tente, là autour, de mobiliser les autres pour la reprise
des échanges.
« Comment
passer outre le point où tu te trouves? Comment soutenir
cette position où il faut prendre en compte, à
la fois, la solitude - cette nécessité de se débrouiller
seul(e) avec ses questions - et la possibilité d'une
compagnie ? Comment avancer sans oublier l'un et l'autre aspect
? Voilà un paradoxe qui pourrait mobiliser les échanges.
Ainsi
un psy peut proposer un accompagnement pour faire en sorte qu'on
ne soit pas tout seul sans apporter réponse à
tout et soutenir avec une personne cette position paradoxale
d'être seule et pourtant avec quelqu'un. Il y a toujours
quelque chose qui manque, une confiance qui serait totale par
exemple. Mais dans ce manque peut apparaître de quoi nous
surprendre (ce qui donne envie d'aller plus loin)
et la force de se reprendre (qui permet de supporter
la solitude). D'autres participants ont sans doute vécu
ce type de rencontre et auront peut-être quelque chose
à dire là-dessus. (.) »
**********
Vacances toujours. Une
nouvelle participante arrive, enfin ! Mais justement, celle
qui attendait un interlocuteur est à son tour absente,
et la nouvelle arrivée, se retrouvant face au silence,
a l'idée d'interpeller nominativement une autre, dont elle
a dû repérer la présence dans la liste des
messages ou celle des participants. C'est tout simple, c'est juste
du style « salut, ça va ? »,
mais ça marche, elle reçoit une réponse quelques
jours plus tard !
C'est peut-être ce
genre d'initiative que l'équipe d'animateurs a voulu soutenir
en mettant en place un nouvel outil technique, permettant à
chacun des participants de mieux « visualiser »
le groupe dont il fait partie. Depuis un certain temps, ceux-ci
avaient accès, sur l'Espace d'Echanges, à une liste
des signatures des participants inscrits. Face à la difficulté
de savoir si les autres sont vraiment absents, ou présents
mais silencieux et en retrait, une nouvelle mouture de cette liste
permet depuis quelques temps de différencier par la couleur
ceux qui se sont connectés sur l'Espace dans les 15 derniers
jours, de ceux qui sont réellement absents de
l'Espace. Il devient possible dès lors, comme dans un groupe
où l'on est physiquement présents ensemble, d'interpeller
les silencieux - ceux qui sans doute viennent lire mais n'écrivent
rien - puisqu'on sait qu'ils sont là.
**********
Traces
de passage. titre de cette rubrique sur le site. Ce sont aussi
des traces de passage que laissent les participants sur l'Espace.
Difficile question que celle de laisser ses traces, pour soi-même,
pour les autres. voilà pourquoi, parfois, l'absence. même
si un participant est présent dans l'écoute /
lecture des autres, il ne laisse pas ses traces.
« Trace
sur le sable
C'est
marrant.
Ecrire...
écrire à soi-même ici... une trace d'un
passage... ce que je ne fais plus...
Trace sur le sable, la mer s'est empressée de tout effacer...
Ma trace ne sera jamais vue par quiconque.
Et
c'est toujours mieux comme ça...
Ne
pas se montrer, se faire invisible, petite fille discrète,
tu attends la mort... Et pour passer ce temps, tu te forces
à vivre...
Mais
fais-le silencieusement... ne laisse plus jamais de traces dans
la vie...
chûûûûût... je ne faisais que
passer... à petits pas (je n'ai pas changé) »
**********
Enfin, comment parler de
présence ou d'absence sur l'Espace sans dire un mot de
ceux qui partent, ceux pour qui l'aventure Passado a été
un réel passage, et qui désormais vont vers d'autres
horizons, nous faisant cadeau d'un petit message « bilan »
de ce passage. La désertion des vacances rendant peut-être
ce départ plus facile, comme si quelque chose était
fini, qu'il était temps de continuer autre chose.
« Une
envie de partir... peut-être que ce site est venu à
son terme. Il ne semble plus attirer personne... c'est dommage.
J'ai
beaucoup apprécié ses débuts. C'était
des moments très forts. Je n'oublierai en tout cas pas
tout que ce site m'a apporté dans le passé.
Merci à tous les animateurs.
Moi
je m'en vais continuer ma vie qui s'ouvre enfin à moi.
Après des années de dépression, je vois
enfin la sortie. Et ça, ce ne sont pas des paroles en
l'air! Cela fait plusieurs mois que je me sens soulagée
d'un poids. Ca été dur, ce n'est pas fini, je
le sais. Mais à présent, plus légère,
je découvre la vie... et j'ai même envie de continuer.
J'ai
beaucoup changé, beaucoup mûri, on me l'a énormément
dit ces derniers temps. Il y a vraiment quelque chose qui s'est
éclairé en moi.
J'ai trouvé ma route... fais de même, X... bonne
chance.
A tous, bonne chance. »
Dans ce message, celle
qui part passe le flambeau à une autre, signe que les liens
tissés sur l'Espace comptent. La participante à
qui elle s'adresse, après lui avoir répondu, écrit
le sentiment qui lui reste de ce « passage ».
« Il
y en a qui partent, il y en a qui arrivent
Ca
me fait bizarre quand je me dis que Y qui était là
quand je suis arrivée, avec qui j'ai échangé
des moments,.... va partir
J'espère
que elle continuera et en tout cas je lui souhaite une bonne
continuation.
Et puis j'arrive à ceux qui arrivent. Le site pour l'instant
est un peu vide, des moments où il y a plein de messages,
pleins d'échanges et des moments où c'est calme,...
C'est comme ça
Je
voulais dire aux nouveaux, allez y lancez-vous; Je sais que
c'est pas facile, je suis passée par là mais ça
peut aider, vraiment; Ca fait du bien de parler , de partager
ce qu'on a besoin de dire. De poser les questions qu'on a besoin
de poser
Enfin voilà
Une
réaction qui me vient après avoir lu le message
d'Y et vu les arrivées des nouveaux participants.
Allez
y lancez-vous
et
encore bonne continuation et bonne route à Y
bisous »
**********
Les quatre derniers mois
se sont achevés par une arrivée conséquente
de nouveaux participants, certains actifs d'emblée, d'autres
hésitants, silencieux, voire déçus par ce
rythme un peu particulier des échanges, si différent
du « chat » auquel la plupart sont habitués.
Pas simple non plus d'être là tous à attendre
qui va se lancer sans y arriver bien soi-même, ou de lancer
un message qui fait comme un plouf dans l'eau parce que personne
n'y réagit vraiment.
Le silence et l'absence
peuvent être reposants, ou éprouvants, selon les
moments, les besoins, mais aussi selon qu'on les choisit ou qu'ils
nous sont imposés. Comme l'écrit la participante
plus haut, « «c'est comme ça »,
ils font partie de la vie de l'Espace, et chacun est responsable
de briser à un moment donné le silence qui pèse
ou qui blesse, chacun est responsable de la vie de ce groupe qui
se tisse à travers écrans et claviers, mots et ponctuations,
pleins et vides. Ce qui fait la spécificité de Passado,
justement, ce qui permet à chacun d'être là
à son rythme, sans pour autant que le vide soit total en
cas d'absences multiples, c'est que les animateurs, eux, mine
de rien, sont toujours là.
RM
Si
ce texte et sa lecture t'a inspiré des commentaires, n'hésite
pas à nous les communiquer et à nous faire voyager
à ta guise,
-
soit via l'espace d'échange
si tu y es inscrit comme participant
-
soit à l'adresse passado@passado.be
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