AmouRoumA
AmouRoumA
Il m'est
venu, après la période d'échanges autour
du thème de l'amour, un titre en reflet. C'est l'amour
qui se montre autrement, qui se voit à l'envers d'une certaine
manière.
Quelqu'un
avait-il remarqué que les lettres du mot "ami"
étaient les trois premières de celui d'"aimer"?
Etrange...
Au centre,
il y a un R qui forme comme une porte pour passer d'un côté
à l'autre.
Et
puis j'ai l'impression que je suis tombé amoureuse mais
ce n'est pas possible!
J'ai l'impression que je ne veux pas que ça m'arrive,
que personne ne peux s'intéresser à moi.
Que je n'intéresse personne.
Marc-Alain
Ouaknin, rabbin et docteur en philosophie, a écrit un livre
très bien illustré sur "Les mystères
de l'alphabet" (Editions Assouline, 1997). La lettre R, explique-t-il,
est dérivée de la vingtième lettre du premier
alphabet connu dont la naissance remonte à plus de 3500
ans. La forme originaire du R dans cette écriture représente
un profil de tête. Cette lettre se prononce rèch
et veut dire la "tête".
L'amour
prend la tête.
Ouaknin
écrit :
"C'est
une lettre qui ne pose pas de problème au niveau de son
sens originaire. Elle dit la "tête" et, par
extension, ce qui est en tête, le "commencement".
(.) La lettre rèch , "tête"
fait signe vers l'origine. Elle invite à poser la question
"d'où ?". D'où venons-nous ? Un jour
nous avons commencé à être : qu'est-ce qu'un
commencement ? (.) Retourner à l'origine consiste à
découvrir en nous la force de recommencer chaque fois
à nouveau, pour réaliser ce fait fondateur, la
vie, dans le sens où "vivre c'est naître à
chaque instant". Avoir rendez-vous avec le commencement,
c'est rencontrer la force inaugurale, celle qui rend possible
le commencement."
La porte
de l'amour n'est pas facile à passer. En forme de
R, comme le R de reflet , cet "éclat qui
rejaillit" (selon une des définitions du mot dans
le Petit Robert), le passage de cette porte apparaît comme
la vie, "naissant à chaque instant", nous donnant
"rendez-vous avec le commencement".
Au niveau
de cette porte, nous apparaît - comme à l'endroit
- l'amour passé, celui qu'on a reçu, qu'on a pas
reçu, qui nous a déçu, qui nous a soutenu.
De l'autre côté, la tête retournée par
ce qui nous arrive, apparaît - comme à l'envers -
l'amour à venir, celui pour lequel il faut trouver un commencement.
Au
fond de moi je crois qu'on m'oublie que personne ne m'aime mais
c'est faux!! Mes parents eux ils m'aiment trés fort même
si ils le ne montrent pas!
C'est
dingue comme on peut être mêchant quand on est malheureux,
comme on peut ignorer l'amour que les gens nous portent, comme
on peut se sentir seul.
Là
au milieu, on s'attend à la fois au retour du rythme de
l'amour (mal) reçu et à l'arrivée d'une nouveauté
radicale. Il y a là l'espoir de quelque chose dont il est
parfois difficile de deviner en quoi cela consiste. Il faut trouver
"la force inaugurale, celle qui rend possible le commencement."
Pourquoi
aimer fait si mal ? et que grandir aussi ?
Pourquoi est-ce qu'on ne peut pas être heureux tout simplement
sans que ce soit compliqué.
J'ai l'impression d'être dans un tunnel où l'on
ne voit pas la fin, elle n'est pas tout près et pourtant
?
Il fait tout noir et il n'y a rien pour s'éclairer sauf
toute la haine que l'on a en soi. Et on trébuche, on
se cogne, on se fait du mal tout ça pour quoi ? Pour
rien!
Dans
cette situation, on fait l'épreuve de la solitude, on se
demande si ce que l'on a reçu enfant, on le retrouvera
en grandissant, si une certaine reconnaissance sera possible au-delà
de la transformation imposée par le grandir.
J'ai
une envie mais alors une grande envie que quelqu'un me prenne
dans ses bras. Quelqu'un qui m'aime, pour qui je compte !! J'ai
l'impression d'être toute seule, je me noie dans un océan
de solitude. J'ai l'impression d'être seule au monde.
J'ai un boule dans ma gorge, les larmes aux yeux et le pot de
glace au chocolat vide à côté de moi.
Qu'est-ce qu'avoir
"rendez-vous avec le commencement" ?
Il y a
d'abord un nouveau rendez-vous avec soi-même pour lequel
il faut trouver un nouveau commencement.
Je
voudrais d'abord m'aimer moi-même et comme ça je
pourrais peut être aimer les autres.
En ce qui
concerne l'amour, il y a sans doute ce qu'on appelle "la
première fois".
La
premiere fois je l'ai déjà vecu, je l'ai fait
au bout de trois mois de relation mais seulement c'était
une relation à distance donc on peut pas vraiment dire
qu'il y avait de vrais sentiments mais bon de toute facon pour
moi l'amour avec les vrais sentiments et tout le reste ça
n'existe pas mais ce n'est que mon avis évidement !!
Cette
première fois est comme la mise en acte "inaugural"
de l'amour, mise en jeu des corps qui ne sont plus d'enfants.
Etre pris dans les bras signifie tout à coup autre chose.
Difficile de farire entrer "les vrais sentiments" là
dedans, de les faire naître, de donner un commencement.
Dans l'enfance,
être dans les bras (de ses parents) c'est se réfugier,
retrouver une sécurité, une rassurance après
une exploration du monde éprouvante. C'est comme un petit
retour au port, à l'arrière, en arrièRe de
la porte R. De l'autre côté de cette porte, aller
dans les bras pousse vers l'avant, met en jeu le corps d'une façon
nouvelle où on sent que les sentiments vont trouver une
place, mais ce n'est pas clair.
Sensation
bizarre de déjà vécu. Refus inconscient
du bonheur qu'on nous accorde ? Nécessité de prévoir
un éventuel retour au sombre qui serait d'autant plus
douloureux qu'imprévu et incontrôlé ? Pourquoi
ces choses ne peuvent-elles pas être plus claires ?
Et la
porte passée, c'est comme si il n'y avait plus de retour
possible. Seul le "sombre", le noir devient un refuge
potentiel. Il semble parfois préférable d'arrêter
tout.
Je
ne peux pas tomber amoureux.. je ne peux pas.. je ne peux pas
etre attiré par elle (ta gueule (.), tu es trop attiré
par elle) hum.. rien qu'a être dans ses bras, je me sent
mieux. Cette fille est geniale.. enfin, je la trouve geniale.
Le hic, c est que ce dont je souffre me fait penser au fait
que tout cela n'est qu'illusion...
Qu'est-ce
qui a bien pu se passer pour provoquer ce changement de sens ?
La tête s'est tournée vers ailleurs. Cet ailleurs
où se trouve la radicale nouveauté de l'amour. Une
nouveauté qui nous change et nous fait nous vivre autrement,
qui transforme l'amour en une équation mystérieuse.
L'amour
c'est encore plus compliqué que les maths et pourtant
tout le monde adore le mystère et la complexité
de l'amour et envoie bien loin les maths et tout le reste...
Si on va au fond du truc, c'est pas du tout logique, je trouve...
Dans "Le
livre d'or des gens de Sunne" (Actes Sud, 1999), l'écrivain
suédois Göran Tünström illustre un aspect
ce changement de sens, ce passage du R et montre qu'il s'effectue
à partir d'un appel :
"
C'est agréable d'avoir un lieu riche près de l'endroit
où on habite. C'est riche d'avoir un lieu agréable.
Avant de commencer au magasin, l'été, je travaillais
au parc floral de Rottneros. C'était à peine si
j'osais respirer au début. Les plates-bandes, les pelouses,
et pour être tout à fait honnête, toutes
ces femmes nues dont certaines n'étaient même que
des filles. "Heureusement, disait maman Ida, qu'elles sont
en bronze". Nous étions nombreux à travailler
là en été : nous tondions les pelouses,
nous désherbions, nous ratissions le gravier des allées,
nous lavions des statues et répondions aux questions
des touristes. Ce que je préferais, c'était laver
les femmes boulottes de Gerhard Henning. De gros seins, des
cuisses charnues, des cheveux crépus, elles avaient tout
pour elles, et la nuit elles devenaient vivantes et je devenais
mouillé. Une des statues dont je rêvais s'appelait
Marianne . Et la plus jolie de toutes, Le Nénuphar
, mais elle était presque trop osée. Dans
un pavillon derrière elle se trouvait un buste de l'ancien
roi. Quand il venait en visite - beaucoup de personnalités
importantes visitaient les lieux - il estimait que ça
faisait mauvais genre qu'il regarde ainsi une femme aux jambes
écartées.
Faire à vélo les cinq kilomêtres vers le
parc tôt les matins d'été, c'était
comme pédaler vers le Paradis."
"Pédaler
vers le Paradis", voilà qui pourrait être une
forme du passage, un passage qui demande de l'honnêteté
pour reconnaître ce qui émerge en soi au-delà
des "plates-bandes, les pelouses" familières.
C'est
tout nouveau pour moi... Et, quand je dis nouveau, je parle
à la fois de ma relation même et du fait de me
retrouver dans cette situation. Pour être honnête,
cela fait plus de deux ans que je ne m'implique plus vraiment
dans aucune relation amoureuse... Seulement, l'amour est un
sentiment qui n'en fait qu'à sa tête, et je tiens
de plus en plus à lui.
Cet appel
de l'en-soi, pour le héros de Tünström, s'entend
à travers "toutes ces femmes nues" dont la mère
est soulagée qu'elle soit en bronze mais qui provoque "l'ancien
roi". Les femmes deviennent cependant vivantes pendant la
nuit faisant découvrir le corps sous un jour nouveau. L'amour
n'en fait qu'à sa tête et appel jusque dans le sombre.
Comment faire la différence entre attirance et amour.
Je
n'ai jamais su faire la différence entre attirance et
amour. Pour moi dès que je suis attiré par une
fille je tombe également amoureux d'elle. Je n'arrive
pas à créer un fossé entre attirance et
amour. En plus je suis attiré par beaucoup de filles
donc je suis souvent amoureux. haaaaalala les femmes .... comme
le dit MC SOLAAR : "les femmes sont toutes si sexy"
Quand
quelque chose arrive qui vient répondre à notre
appel qui résonne sous la poRte, il faut pouvoir le dire
à celui/celle vers qui on appelle. Ca ressemble à
quoi ? Bizarre. Et parfois le bizarre se transforme en biz. Nos
actes
manqués deviennent source de créativité
pour trouver l'amour là où on ne l'attend pas.
Comme
si je courais après l'image que j'avais du bonheur et
une fois que je l'ai atteint ... y a rien de spéciale
... je ne suis pas plus heureux mais simplement plus stable
je pense ... et encore ... bizarre !
biz
Pour faire
face à l'aventure et tenir à distance la désillusion,
la question de l'expression de l'amour s'est posée. Comment
exprimer son ressenti, donner forme à ce sentiment qui
n'en fait qu'à sa tête pour pouvoir le partager et
construire du neuf pour ne pas retomber dans les conditions énigmatiques
de l'amour entre les parents ou les tartes à la crème
cinématographiques.
On
a quoi comme exemple d'amour ?! Vous je sais pas, mais moi le
seul exemple d'amour que j'ai eu c'est le divorce de mes parents
et leurs multiples séparations avant !! Maintenant ils
sont tous les deux avec quelqu'un, ce qui n'arrange en rien
la situation...
(...)
Alors,
je sais pas ce que vous en pensez mais, moi, c'est pas ça
qui me donne envie d'ouvrir mon amour aux autres !!!
Ca c'était le 1er exemple d'amour qu'on a.
Le deuxième c'est dans les films, alors là, c'est
pire !!! Tout va toujours bien et ils trouvent toujours l'homme
ou la femme idéale en 5min et ils vivent heureux et ont
beaucoup d'enfants !!!
Et nous, on est sensé en tirer quelle conclusion ?! Celle
de la haine ou celle de l'amour impossible ?
Se tourner
vers les parents, c'est se tourner vers l'amour qui nous a fait.
Une des conséquences possibles de faire l'amour
est, en effet, d'être à l'origine d'un enfant. L'enfant
qui cherche à aimer retourne à l'origine de l'amour
et se pose la question "d'où ?". Or, "retourner
à l'origine consiste à découvrir en nous
la force de recommencer chaque fois à nouveau", il
s'agit de "naître à chaque instant".
J'avais
l'impression d'avoir trouver la fin du tunnel mais c'est faux.
Je suis denouveau plonger dans le noir et aucune lumière
n'est en vue.
Pourquoi est-ce que je m'attache autant aux personnes et quand
elles partent ça fait si mal?
On retrouve
le passé, on se surprend à répéter.
Moi
qui revais à l'amour, j'ai trouvé quelqu'un. Et
pourtant...pourtant tout s'est cassé la geule... Comme
quoi, le bonheur, comme la vie, ne tient qu'à un fil
!! Et c'est sans doute moi l'attitrée pour le briser.
J'étais
assez déçu. On s'est revu mais c'était
plus pareil. Moi, elle, mes copains, ses copines ... avions
tous changé (grandi) ... le courant passait moins bien.
En plus je m'étais fait pleins d'illusions.
On découvre
que la vie pique
les yeux mais aussi qu'on peut trouver une
seconde chance,
naître de nouveau, inaugurer une nouvelle relation, inventer
l'amour et continuer ensemble à "bâtir nos vies".
Aimer...
il y a aimer son ami, il y a aimer ses parents, aimer son p'tit
copain/ine, aimer sa passion...
Tellement de façons d'aimer différemment...
Aimer c'est se donner en quelques sorte.
Se donner, mais à ses risques et périls...
C'est
clair que l'amour c'est souvent une déception mais peut-être
on peut voir les choses différemment. Genre beaucoup
de déceptions mais à chaque fois on en apprend
un peu plus et finalement on trouve une personne avec qui on
est pas déçu.
Ca
donne alors :
Amour = aventure = risque = A ESSAYER ABSOLUMENT
Sous le
R, c'est comme si le temps était en balance : retourner
vers l'arrière, aller de l'avant, rester dans le noir du
présent. L'appel de l'amour vient donner une nouvelle couleur
à la vie. Il peut s'entendre comme une "note bleue".
C'est le peintre Delacroix qui a proposé cette couleur
au pianiste Chopin. Cette "note bleue", Delacroix l'esperait,
comme on espère l'amour, en écoutant la musique
de Chopin qui en était la promesse.
L'amour
n'est-il pas comme une musique que chacun entend, derrière
la poRte, qui fait tourner la tête, danser le corps, comme
une promesse, celle de trouver la "note bleue" qui va
permettre de franchir le seuil de la poRte et donner l'audace
de construire, à partir de quelque chose d'étrange
en soi, avec un(e) autre.
AmouRoumA,
comme un chant.
TF
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