La
honte
Au
détour d'un regard, d'une parole, d'un geste, la honte
vient se figer telle une épée dans les profondeurs
de l'être. Il s'agit d'une expérience catastrophique,
dominée par l'angoisse d'être exclu du genre humain,
elle fait douter de son droit à l'existence.
Comme
le disait un participant :
là
tout c'est éffondré…. j'étais indigne d'être
un homme, il fallait que j'oublie tout cela très vite
sinon ça allait me détruire, fallait faire disparaître
pour pas disparaître.
Souvent
innommable dans un premier temps, elle s'empare de tout l'être
et ne permet plus de penser.
Un
autre participant nomme ainsi :
...
Une honte m'accable, m'envahit, m'immobilise, m'empêche
de m'accepter….
Les
mots qui viennent alors plus tard et qui peuvent servir de parade
pour que la honte ne soit pas trop destructrice sont ‘c'est
la honte', ‘j'ai la honte', ‘je me suis tapé la honte',
comme si il s'agissait d'un objet extérieur. Nommée,
elle devient petit à petit un objet que nous pouvons
aussi nous réapproprier . Irreconnaissable et innommable,
elle reste tapie au fond de l'être, anéantissant
tout sentiment d'appartenance. Reconnue et nommée, la
honte rétablit déjà quelque chose d'une
distance de soi à soi, d'une partie qui dit et une autre
qui éprouve. Dite, elle peut être dépliée,
pour partir à la découverte des autres émotions
personnelles qu'elle contient. Ce que nous avons éprouvé
comme sentiment de tristesse, de colère, d'envie de vengeance
dans la situation qui fait honte.
Cette
honte, cette erreur, cette naïvité, c'est une merde,
elle m' a empêché de vivre, mais je ne suis pas
que ça.
Nommer
la honte peut alors être le point de départ pour
partir à la découverte de sa propre singularité.
Tys