Seul
et tout seul
Pour ces derniers mois,
nous avions proposé comme thème la solitude, sujet
si présent dans la vie de chacun. Qu'en dire souvent
d'autre. qu'on la vit et qu'on en souffre ! Voici cependant
quelques touches.
Comme le note une participante
pour conclure son avis : « C'est
assez compliqué en fait la solitude. ».
Il arrive par exemple qu' « on
ment parce qu'on se sent seul et on veut que quelqu'un s'intéresse
à nous ».
La solitude est pleine
d'ambivalence : « M
oi la solitude je l'ai cherché et puis je n'en ai plus
voulu ».
On s'est isolé,
on a eu besoin de se retrouver avec soi-même :
« On fait le vide, il
y a un vide autour de soi, on a besoin de se retrouver seul, les
rapports avec vous les autres
sont devenus difficiles, cela est même le cas avec
ceux avec qui je m'entendais, à quoi et à qui donc
se raccrocher. »
A quoi se raccrocher ?
La solitude naît de l'incompréhension, ou d'un sentiment
d'incompréhension. Qui peut comprendre ?. quoique
être compris ne soit pas évident non plus. Quand
on l'est on a en même temps l'impression que «
ce n'est pas que ça » ou pas tout
à fait ça. Mais être entendu, c'est
déjà ça.
Une terrible solitude,
qui coupe des autres, qui met en bataille avec son petit monde
et avec le monde. Cela explique que « Si
je parle sur Passado c'est surtout pour me sentir moins seule.
». Et
pour parler on se met à écrire parfois avec urgence
ou fièvre, au point qu'on a l'impression en se relisant
que ce n'est pas du tout clair et qu'on ne se comprend plus soi-même !
Au moment de l'envoyer,
quand ce texte est devenu une bouteille que l'on lance à
la mer, on l'accompagne d'un dernier vou, celui que quelqu'un
le lira jusqu'au bout et pourra y comprendre quelque chose.
Pourvu qu'il y ait au moins quelqu'un qui partage ce qu'on vit,
ce qu'on pense, quelqu'un qui puisse comprendre que l'on ressente
ce que l'on ressent ! On n'écrit évidemment
pas pour se perdre, mais pour se trouver.
Parents, frères
et sours paraissent si éloignés et si proches à
la fois. On ne sait pas ou plus comment on pourrait leur parler
de ce que l'on vit. Même les copains et les amis paraissent
parfois soudain si loin de soi. « Il
m'arrive souvent de me sentir seule, malgré que j'aie plein
de copains, copines, ami(e)s qui m'entourent. »
En fait, on n'arrive plus
non plus à se situer par rapport aux autres. Il y a du
monde autour de soi, on n'est physiquement pas seul du tout, et
pourtant on se sent seul. On ne se connaît pas assez, on
se sent fragile, on se voudrait plus solide. Peut-être qu'on
va même jusqu'à le cacher, en s'isolant ou en se
montrant tout le contraire.
« Je veux juste
m'exprimer et dire ce que j'ai sur le cour à des personnes
qui ne me connaissent pas et ne me jugeront pas. »
Voilà le mot terrible, la chose si difficile à
affronter et insupportable : se sentir jugé.
Et l'écriture est
là un recours. provisoire. Elle permet d'adresser aux autres
les choses qui nous traversent même quand on ne sait pas
comment les dire. C'est une présence. Un carnet intime.
Un morceau de soi qui n'est pas soi. Un confident qui entend et
qui se contente d'être là. L'image d'un lieu où
l'on peut se replier sans être tout à fait seul.
Quelle chance de posséder ce recours de l'écriture !
On lui confie le plus profond de soi.
Ces choses intimes le sont
moins une fois écrites, poussées hors de soi, déposées
avec l'encre sur le papier. Ces sentiments douloureux qui nous
empoignent, on aimerait dire qu'ils nous maintiennent à
l'écart. Si l'on se sent seul, c'est qu'on a besoin d'être
avec d'autres et de partager. Le dire nous rapprochera-t-il moi
et « vous les autres
» ? Pas sûr. On leur en demande
peut-être de temps en temps plus qu'ils ne peuvent donner.
Il faut faire face soi-même.
Qu'il est malaisé
par moments de vivre et de partager avec les autres ! C'est
que la solitude vient aussi de soi. Ce haiku japonais,
ces poèmes à dire « en une respiration »,
qui dit dans une très belle image l'obstacle que l'on peut
dresser soi-même au moyen de sa solitude, ouvre une tout
autre perspective :
«
Si seul
que je fais bouger mon ombre
pour voir »
Un petit pas sur le côté,
pour retrouver un nouveau souffle, pour découvrir une nouvelle
perspective. Chercher ailleurs. S'oublier un peu soi-même.
Et si c'était dans cet oubli que le souvenir trouve sa
liberté ?
Il arrive pourtant que
certains se sentent dans une sorte de proximité avec tout
le monde. Ils semblent jouir d'une confiance dans toute rencontre,
même fortuite.
« Les
autres sont toujours là pour nous et je comprends pas comment,
sérieusement, des personnes peuvent se sentir si mal,
si seules, avec tout ces gens qui sont là, qu'ils soient
bénévoles, les aides ou un simple inconnu, un passant
dans la rue... je comprends pas, mais ça existe.
»
Expérience encourageante,
mais trouver de l'aide ou une oreille n'évite pas quand
même le petit bout de chemin à faire. seul.
« Moi
je voulais dire que certains trouvent que la solitude c'est bien
parfois. Mais quelques fois à force de rester seul on finit
par l'être trop. Mais quelques fois c'est le contraire,
on a tendance à s'oublier, à vouloir faire
comme les autres. Alors il faut trouver un juste milieu, mais
c'est cela qui est dur. »
Trouver sa place parmi
les autres naît peut-être de ce qui fait que l'on
ne cède pas sur ce que l'on veut de la vie. La solitude
y invite.
MH
Si
ce texte et sa lecture t'a inspiré des commentaires, n'hésite
pas à nous les communiquer et à nous faire voyager
à ta guise,
-
soit via l'espace d'échange
si tu y es inscrit comme participant
-
soit à l'adresse passado@passado.be
|