Marcel
Moreau
Marcel
Moreau a écrit une lettre
à un jeune corps mal dans sa peau.
A la
fin de l'année 2002, dans une librairie, la couverture
d'un livre éveille mon attention. Son titre m'accroche
d'une manière particulière.
Corpus
scripti
L'auteur,
Marcel Moreau,
y transforme une expression latine : "Corpus Christi",
le corps du Christ. Cette transformation qui me saute aux yeux
au moment de cette découverte ouvre en moi, en même
temps, un passage vers mon adolescence. J'y ai en effet eu maille
à partir à la fois avec le corps du Christ et mon
propre corps. L'écriture s'y est avérée une
manière de soutien pour inscrire autrement les blessures,
leur donner une forme moins douloureuse.
En lisant
enfin le livre durant l'été 2003, j'y découvre
un corps qui s'écrit, des souffrances qui, à travers
l'écriture, se transforment.
Marcel
Moreau a beaucoup écrit, comme pour mieux
habiter son corps. Corpus scripti est son quarante-troisième
livre. Voilà comment il le présente :
"C'est
parce que nous ne sommes pas ou plus en mesure de nommer notre
mal-être que nous ne nous imaginons plus en mesure d'en
guérir. Et pourtant, ils existent, ces mots des profondeurs
- voix de nos instincts éclairés - capables de
nous sauver, par une expèce de danse intérieure,
de nos désaccords avec nous-mêmes.
Dans
Corpus scripti , j'essaie de dire en quoi, à
rebours de la névrose générale, il est
encore possible, le rare et troublant désir de "tressaillir
pour une autre vie".
Marcel
Moreau écrit son expérience de corps,
laisse son corps s'écrire lui-même avec
les "mots des profondeurs", se surprend à se
retrouver lui-même dans le chemin de cette écriture.
Il a accepté,
pour PASSADO, d'écrire quelque chose sur cette expérience
des mots sur son corps qui le titille depuis qu'il a 15 ans. A
cet âge, écrit-il, "les mots parlaient à
mes sens, ils les caressaient. Leur son valait un geste."
Cela nous
a paru parlant pour notre Espace d'Echanges et de Passages
dans lequel on cherche à transformer les sons qui s'écrivent
en des gestes qui s'adressent.
Marcel
Moreau t'a écrit une "lettre
à un jeune corps mal dans sa peau". En s'adressant
à toi, il espère que tu puisses y reconnaître
quelques bribes de toi-même.
Marcel
Moreau nous laisse également un témoignage
plus inattendu, surprenant, "un témoignage sur ma passion
combattante d'écrire, sur sa frénésie, sa
violence". Il nous a envoyé deux de ce qu'il appelle
ses " illisibles ", pages
de "grimoire" qui, annonce-t-il, "seront plus normaux",
"moins désaxés" dans mon prochain livre
: "Morale des Epicentres". La typographie les aura "rectifiés",
mais pour la forme seulement."
TF
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