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L'enfant
penchée
©
casterman
Une
histoire racontée par
Benoît
Peeters
Dessins
de
François
Schuiten
CHAPITRE I - Un événement
arrive, comme une adolescence
Mary
: elle semblait partir pour un jour sans histoire. Un jour dans
un parc d'attractions avec son frère et ses parents.

Mais,
au sortir d'une attraction spectaculaire, elle émerge,
on ne sait trop pourquoi, oblique. Penchée à peu
près à 30° ce qui, pour son honorable famille,
est évidemment très embarrassant.
Parce
qu'elle devient rapidement elle-même une attraction par
rapport aux gens qui l'entourent. Surtout que son père
veut évidemment la remettre droite dès que possible
: qu'elle arrête de simuler, qu'elle arrête de faire
le singe !
Hélas
quand il la remet droite, elle tombe.
Mary
n'en finit pas de tomber, puis de se relever, toujours aussi penchée.
La famille
est obligée d'écourter son séjour dans le
Disneyland local : cette journée, qui s'annonçait
délicieuse, tourne à la catastrophe.
*
* *
Revoilà
Mary chez elle dans la ville industriel où son père
occupe des fonctions éminentes. Les cheminées des
usines, juste en face d'elle, semblent là pour bien rappeler
son propre défaut de verticalité. Car la nuit n'a
rien arrangé.
Mary
a beau faire, quoi qu'elle fasse, qu'elle avance dans un couloir
ou qu'elle descende un escalier, elle penche. Toujours dans le
même sens d'ailleurs, ce qui fait que chaque fois qu'elle
bouge, elle se met dans des positions différentes : parfois
confortables, parfois très inconfortables.
Descendre
un escalier qui tourne amène des situations sans cesse
nouvelles
Peu à
peu, Mary trouve ses repères, elle arrange un petit peu
sa façon de marcher. Finalement elle ne se débrouille
pas si mal.
* *
*
Ce qui
ne s'arrange pas du tout, c'est son rapport avec sa famille. Ses
parents, persuadés qu'elle simule et sous l'impulsion d'un
médecin certainement bienveillant, décident de la
mettre - je ne sais pas si c'est un pensionnat assez strict.Une
Maison de Redressement pourrait-on dire.
On lui
impose de marcher avec une béquille pour avancer droit.
Et ses petites camarades ne semblent pas avoir pour elle une bienveillance
exagérée.
Et voici
la leçon tant attendue de gymnastique, l'occasion de faire
des exercices qui, évidemment, réservent plus d'une
surprise.

(Alors
là on a pu exorciser, avec François, tous nos souvenirs
les plus épouvantables de cours d'éducation physique
et dépeindre une enseignante tout ce qui a de plus avenante.
On n'a pas eu de plainte des syndicats de professeurs, et notamment
de professeurs de gymnastique, mais enfin quand je rencontre les
professeurs de mes enfants, je ne suis pas très fier si
ils ont lu cette histoire.)
Mary,
qui décidément ne se plaît pas du tout dans
sa pension, décide de partir en pleine nuit. Là,
on s'aperçoit que le fait d'être penchée rend
parfois quelques services...
Elle
escalade très facilement le mur d'enceinte du collège
- qui pourtant est assez haut -, abandonne là sa poupée
pour se protéger des tessons de bouteilles, et part à
l'aventure, droit devant elle, toujours penchée. Elle n'a
qu'une idée : trouver quelqu'un qui comprendra un peu ce
qui lui arrive, cette drôle de chose qui lui est tombée
dessus.
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Peeters
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