Si les enfants veulent tous devenir astronaute, c'est pour
se barrer de cette terre où ils devront vivre toute
leur vie. Ensuite, ils grandissent, oublient la Nasa à
cause d'un 5 et demi en Maths, écoutent du black metal
et vomissent la bière vendue par pack de 30. Ils se
haissent eux-même, sans trop savoir pourquoi. Le lycée
leur apprend les modalités de l'échec, de l'humiliation,
de la clope et du suicide. Ceux qui auront leur BAC, se ruineront
au Malibu Coca. Puis, le soleil éclaire un plus leur
chemin, ils voient un peu mieux l'avenir, parce qu'il n'y
en a pas. Ils se psychanalysent eux-mêmes, en découvrant
que tout ça, ce n'est peut-être pas seulement
de leur faute. Alors, on se met à faire de la politique,
un autre monde est possible, le changer serait tellement cool.
Ils achètent des t-shirts avec des étoiles rouges
et trouvent le mot révolution très beau, ça
ressemble à revolver, mais surtout à évolution.
Ils arrêtent de manger du Mc Do, refusent d'être
français, ne regardent plus la météo,
de toute façon demain, il pleuvra.
Le doute se mêle à leur tentative, vaine forcément,
pourquoi refaire le monde puisqu'il va péter? Et puis,
ils se rendent compte que boire une bière fraîche
avec une belle brune, c'est pas si mal. Le regard d'une fille
vaut mieux qu'un combat perdu d'avance. L'amour, pas la guerre,
ce genre de connerie. On emmerde une dernière fois
la société, puis, on revend son poster du Che.
Cette fille devient notre femme, la bière fraîche
devient notre bide. On s'entasse dans un meublé, qu'il
faudra payer. Un boulot, puis une bagnole, avec l'ouverture
centralisée, la clim' en option. On économise
pour Noël et un peu de soleil à le plage. On devient
gros, moche, aigri. Des petits cons arrêtent de jouer
dans notre pelouse. Et on se souvient qu'avant, on avait des
projets. On se souvient. On était jeune, plein d'idées,
tout ça pour rien. Parce que maintenant, on attend,
comme tout le monde, son abonnement au programme télé.
Alors, avant de mourir, on va voir son petit-fils. Il veut
devenir astronaute.
" Deviens le ! c'est ta seule chance ! "
Pierrick
Servais