Dossier de Presse 2011
Passado
Espaces et Passages pour l’Adolescence
Centre de Guidance (SSM) Chapelle-aux-Champs,
Département « adolescents et jeunes adultes »
Clos Chapelle-aux-Champs, 30 1200 –
Bruxelles Tél. 02 764 31 20 (secrétariat)
e-mail : passado@passado.be ou a.masson@uclouvain.be
Responsable : Antoine MASSON
Coordinatrice: Tanja Yumi SPORI
Animateurs : Raphaëlle de MENTEN
Jean-François MAHY
Antoine MASSON
Tanja Yumi SPORI
Juliette BOURGUIGNON
@rchitecte 1 : Serge Rappaille
Ont également participé à la mise en place et au développement du dispositif :
Michel Heinis (en tant que coordinateur et animateur)
Tanguy de Foy (en tant que secrétaire de la publication et animateur)
Guy Mertens (en tant qu’animateur)
Hassan Samii (en tant qu’animateur)
Sophie Verelst (en tant qu’animatrice)
François-Xavier Polis (en tant qu’animateur)
Amaia Arrizabalaga (en tant qu’animatrice)
1 Souhaitant employer un mot français, nous avons choisi cette dénomination au lieu de webmaster. La confiance que nous accordons au discours nous a conduits à faire choix plusieurs fois de signifiants qui donnent un rapport juste entre l’outil de prévention et ce qui arrive à l’adolescent. L’architecte n’est en effet pas celui qui anime le site, mais celui qui en dessine les contours au départ de ce que l’animation requiert comme fonctions, avec la spécificité d’indiquer les effets propres qu’induit l’utilisation de ce type de technologie.
PLAN
I – L’EMERGENCE DE L’INITIATIVE
• L’accueil au département « adolescents et jeunes adultes »
• Les enjeux actuels de l’inscription adolescente
• La nécessité des Espaces d’échanges
II – OBJECTIFS DE PASSADO
III – LES MOYENS
IV - LES OUTILS
° Description du site
• Description de l’Espace d’échanges via le site
A - L’application courrier
B - La diffusion des messages
C - Les fonctions connexes
• L’équipe des animateurs
V – L’EXPERIENCE ACTUELLE
• Quelques chiffres
• Les « chartes »
• Dimensions mises en oeuvre
1 – Le moment et le temps
2 – Admettre l’étrangeté
3 – Loin de tout et de tous... avec d’autres
4 – Faire trace ou construire du savoir ?
5 – La dimension d’appel
VI – POUR L’AVENIR
• Un outil de prévention
• Un développement qualitatif
A - Une toile dans la toile
B – L’espace d’échanges pour intervenants
I – L’EMERGENCE DE L’INITIATIVE
• L’accueil au département « adolescent et jeunes adultes »
Depuis vingt ans, l’écoute d’adolescents, de leurs parents et des divers intervenants au sein du Département adolescents et jeunes adultes du centre Chapelle-aux-Champs nous a apporté un nouvel éclairage sur cette période charnière de leur vie pour ses potentialités. Au travers des demandes particulières et spécifiques, une grande expérience de la clinique préventive a été acquise. Progressivement, le cadre de la consultation en service de santé mentale a déjà été étendu à une “Permanence”, ainsi qu’à un “Atelier d’Expression à visée Thérapeutique”.
Nous souhaitons élargir la fonction d’accueil de manière plus prospective. Ainsi est née l’idée de lieux d’échanges déployés en synergie avec les modalités actuelles de communication, volontiers utilisées par et entre les adolescents, afin d’accroître l’adéquation entre leurs expériences et les lieux spécifiques qui leur seraient réservés. Il s’agit donc d’ouvrir un véritable espace de pensée pour la traversée adolescente, au coeur des dispositifs techniques en plein essor.
• Les enjeux actuels de l’inscription adolescente
La problématique de la jeunesse et de l’adolescence est, à la fois, de plus en plus prégnante dans notre société, et de moins en moins circonscrite à des questionnements psychologiques ou psychiatriques classiques, individuels ou familiaux. Dans la mesure où ces questions se rapportent chaque fois à l’enjeu essentiel d’advenir à soi-même, elles méritent d’être prises au sérieux et de trouver des lieux pour s’articuler.
Toutes ces questions leur tombent littéralement dessus comme venues du dehors alors même qu’elles leur semblent renvoyer à une nécessité intérieure. En cela déjà elles forment une sorte de lieu, figurable comme une limite, une frontière, un no man’s land, une jonction, un espace un peu inhospitalier, qui requiert d’être franchi. Ce franchissement, évoqué par l’idée du passage, devrait être la mise en forme d’une promesse.
• La nécessité des Espaces d’échanges
Ces lieux d’accueil pour les paroles de jeunes sur ce qui les traverse sont aussi ouvertures d’espace pour eux où donner suite à leur envie d’en faire part. Nous pensons que l’expression d’une question à soi à partager avec d’autres peut tout à fait être gage de soin et d’aide. Se rapporter à d’autres permet de se saisir soi-même, en particulier pour les jeunes. L’accueil fait à une question, à un dire, à un vécu empreint d’une manière d’étrangeté pour qui le vit et s’en ouvre, constitue a priori l’amorce d’une réponse et par là d’un possible.
II – OBJECTIFS DE PASSADO
Tant préventif que de santé mentale, ce dispositif permet ainsi de déployer une forme d’entraide et de partage d’expérience entre adolescents, ainsi que d’accorder la chance d’une adresse à certains vécus. Ces espaces leur ouvrent la possibilité d’adresser à d’autres, dans le respect de leur intimité à chacun, les réflexions et les pensées qu’ils ont envie ou éprouvent le besoin de partager, qui se font jour en eux avec le désir d’y trouver leur propre réponse. Ces espaces peuvent aussi accueillir l’expression de malaises, vécus dans l’urgence et dans l’excès. La colère, la haine, l’agressivité, la passion, les tentations extrêmes, des envies de suicide ou d’actes destructeurs sont souvent des manifestations inopinées qui surgissent faute d’avoir trouvé où se dire. Par les échos reçus en retour des autres ce partage est occasion de se saisir de soi-même.
L’Espace d’échanges s’appuie spécifiquement sur les dimensions écrite et orale de la parole.
L’adolescent a un rapport éminemment créatif au langage.
C’est l’âge des inscriptions, du journal intime, des premières tentatives d’écriture,
avec une ouverture à la dimension poétique du langage, au sens fort de la langue comme fabrique pour la pensée.
Passado se veut donc lieu d’accueil et de relance de chacun de ce qu’il traverse, ainsi que de prévention quand des situations paraissent sans issue, avec l’objectif que chaque passage adolescent trouve son chemin. Nous tâchons que des traces en soient laissées pour tous. "Bouteille lancée la mer", quelque chose que "je marque ici... dont personne n'aura rien à kicker" mais que "je" écrit et envoie quand même, écho fait à tel message "qui ne m'était pas adressé mais qui m'a interpellé et même si e sais bien que ça ne se fat pas de répondre à un message qui ne m'était pas destiné", Passado est occasion de déposer une expérience, un vécu, un événement, un moment de crise ou d'impasse vivement ressentie. j i
L'Espace d'échanges sauvegarde l'intimité de chaque participant dans le partage de ses expériences, lui propose de s'exprimer par l'intermédiaire d'une signature qui est la sienne sans qu'il y soit réduit, lui offre un lieu où déposer ce qui (lui) arrive, l'assure de recevoir des échos en dehors de la symétrie que risque d'induire rapidement tout échange entre deux personnes, en l'épuisant du même coup, lui donne l'occasion de dialoguer avec d'autres adolescents et avec une équipe d'animateurs qui veillent à préserver la dimension tierce qui permettra la circulation des "messados", selon le rythme propre à chacun, et en tentant régulièrement d'en élaborer des traces pour que quelque chose de la traversée adolescente s'inscrive pour chacun. L'Espace d'échanges se veut donc espace d'élaboration au départ de l'accueil fait à la singularité de chaque adolescent, à mi-chemin si l'on veut entre le dépôt de ce qui le traverse et l'engagement dans un travail sur soi, élaboration
dynamique et créatrice visant à lui permettre d'advenir à lui-même, sans dénier ni qualifier de pathologique ce que l'expérience adolescente a de singulier.
III - LES MOYENS
Passado est constitué d'un site, accessible à tous, sur lequel est organisé un espace d'échanges comportant une multiplicité de fonctions (voir dans le dossier).
L'initiative est soutenue par une équipe de cinq animateurs qui en assure une veille quotidienne et les articulations entre l'espace d'échanges qui fait la vie du site et les traces qui en sont restituées à l'intention de tout adolescent ou adulte intéressé d'en prendre connaissance.
IV – LES OUTILS
• Description du site
Le site est construit avec l’aide d’un spécialiste dénommé l’architecte, en étroite collaboration avec le responsable du projet et les réunions d’équipe, il se compose de différentes parties :
• L’Entrée :
le Seuil,
l’Accueil
le Thème actuel
les Nouveautés
Qui nous sommes
• L’Espace d’échanges : le Principe, Explication du fonctionnement la Charte, énonce les règles de fonctionnement de l’espace S’inscrire, explique la procédure d’inscription l’Accès,
pour les participants inscrits leThème actuel, voir entrée
° Le scriboire :
Trèfle, explication du scriboire
Pass’thèque, est le lieu où se recueillent les éléments signifiants qui ont été rencontrés au fil des échanges Florilège, assemble poèmes et chansons qui ont parlé aux participants
et qu'ils ont voulu partager sur l'espace,
Traces de Passage, recueille ce qui a marqué les échanges durant une période thématique
La vie en cours, est celle qui se déroule en dehors de PASSADO, les trajets, projets, rejets,., d'autres venus d'ailleurs qui nous interpelle, font échos sans le vouloir à nos questions Thèmes,
reprend le thème actuel et les thèmes proposés plus anciens
° Découverte :
Plan du site
Rechercher
Documentation
Nos bannières
Excursions
Description de l’Espace d’échanges via le site
Au moyen de sa signature et de son mot de passe, chaque participant accède à l’Espace d’échanges. Il y trouve l’ensemble des messages échangés, et ceux auxquels il lui a été répondu personnellement. Il y trouve plusieurs fonctions, en particulier un bouton Ecrire par lequel il ouvre un champ pour l’envoi d’un nouveau message et des boutons qui lui permet d’inscrire sa réaction à la suite même d’un message reçu (les boutons proposés sont : coq à l’âne, changement de cap, écho et prolongement, rien à voir)
Une Charte des participants énonce cinq règles qui visent à assurer à l’Espace d’échanges une existence minimale de groupe. Elle apparaîtra sur la page Charte des participants.
A - L’application courrier
L’application par laquelle nous gérons le courrier a été repensée pour nous permettre de recourir à divers moyens d’échanges, simultanément, et en conservant une distinction entre les niveaux personnel et collectif. Les champs de réponses possibles pour chaque message sont de ce fait au nombre de cinq :
• Annonce, où l’animateur de veille annonce le message aux participants
• Message, qui est le champ d’écriture réservé au texte de l’adolescent
• Réaction de l’animateur, où l’animateur de veille fait lien avec d’autres messages et/ou avec un thème
• Réponse personnelle, où l’animateur de veille peut introduire une réponse adressée à l’auteur de l’envoi qui seul la recevra
• Discussion d’équipe, où l’animateur de veille peut renvoyer vers ses collègues les questions que tel message lui a posées, champ qui n’apparaît pas dans le message diffusé aux participants
Un message peut recevoir une suite définitive ou provisoire, simultanément ou non avec une diffusion sur la boîte des échanges. Il peut aussi d’abord faire l’objet discussion d’équipe.
B - La diffusion des messages
Cinq animateurs, un par jour ouvrable, veillent à tour de rôle. Les nouveaux messages arrivés sont diffusés, ou à défaut trouvent une suite, endéans les vingt-quatre heures.
C - Les fonctions connexes
Un message spontané peut être adressé par l’animateur à tous les participants, via la fonction Écrire et un message personnel spontané peut être adressé à un participant via la fonction Écrire à un participant.
• L’équipe des animateurs
Elle est composée de cinq animateurs, dont un responsable et un coordinateur. L’équipe tient une réunion hebdomadaire. Les animateurs tâchent aussi de susciter des distanciations par le biais de thèmes proposés à l’expression et à la réflexion. Comme fil de conduite, quelques règles d’animation existent : différé des réponses dans une séquence de vingt-quatre heures, souci du collectif, et diversité des moyens de faire écho. Elles aident à baliser le travail de l’animateur pour permettre qu’au sein des échanges soit maintenue une dimension de tiers. Elles constituent un moyen d’assurer un bord qui permette une saisie symbolique de ce qui est déposé et entendu par chacun. Elles permettent en particulier d’éviter de laisser quelqu’un face à soi-même ou face à l’autre.
L’animateur a également un rôle à jouer en se laissant traverser par ce qui se dit sur l’Espace d’échanges et en y réagissant à l’occasion ou en y apportant des matériaux trouvés ailleurs qui lui semblent intéressants à partager avec les adolescents.
V – L’EXPERIENCE ACTUELLE
• Quelques chiffres
Le site a débuté fin juin 2002. Environ 700 adolescents se sont inscrits sur le site depuis sa création et plus ou moins 2000 messages sont envoyés par an. Plus d’une 100aine de personnes ont fait une demande d’inscription qui a été refusée (soit parce qu’il ne s’agissait pas encore ou plus d’adolescents, soit parce qu ‘il s’agissait de demandes ne cadrant pas avec l’espace d’échanges)
° Objectif
La finalité du dispositif reste de créer un groupe d’adolescents pas trop nombreux pour offrir des échanges qualitatifs. Certains adolescents s’inscrivent dans ce groupe le temps de poster quelques messages d’autres y restent quelques années.
• Les « chartes »
L’expérience nous a conduit à formaliser, tant pour les animateurs que pour les participants, quelques règles de fonctionnement.
•Dimensions mises en oeuvre
1 – Le moment et le temps
L’adolescent se trouve rarement là où on l’attend ou lorsqu’on l’y attend. C’est en partie lié à l’immédiateté dans laquelle il vit. Ce n’est donc pas un hasard s’il utilise volontiers l’Internet, qui la lui permet. Dans l’espace d’échanges, cette immédiateté ouvre sur un temps pour que reviennent des échos. La forme écrite et l’adresse à d’autres creusent aussi l’empreinte d’une trace. L’asynchronie qui en résulte donne un temps pour y penser et venir y remettre ses pas.
2 – Admettre l’étrangeté
Pouvoir déposer avec l’espoir que cela donne lieu à un échange permet de faire face à l’étrangeté surgie en soi. L’adolescent ne reste pas seul avec ce qui lui arrive. En s’essayant à le partager, l’espace d’échanges devient pour lui un lieu qui contient son adresse. L’espace offre une borne à l’étrange comme lieu où le dire et comme lieu où expérimenter sa résonance collective. Il limite des fixations sur des « folies privées », que les adolescents ne manquent pas d’évoquer.
3 – Loin de tout et de tous... avec d’autres
La solitude que comporte nécessairement le passage adolescent se trouve accrue de nos jours par la quasi-absence de moments qui viennent le ritualiser et en inscrire la portée symbolique pour lui et les autres. Le foyer de ce passage est une séparation symbolique d’avec le lieu familial dans un advenir à soi-même, qui suscite la confrontation et/ou l’éloignement avec l’adulte en général. Qu’est-ce qui va l’aider à se séparer de ce qu’il était pour ses parents, à se saisir de ce qu’il a reçu, et lui permettre de se l’approprier pour en faire l’originalité où s’enracine sa subjectivité ?
4 – Faire trace ou construire du savoir ?
Ses vécus, les expériences que l’adolescent vit et qu’il ne se prive pas de susciter dans son entourage, sont liés à la violence de la période qu’il traverse. Les rituels qui la marquaient dans des sociétés anciennes en attestent éloquemment. Aussi il est légitime de craindre qu’y voir des symptômes de santé mentale (au sens de stases) soit une fixation sur un état qui est transitoire en puissance. Ce n’est pas qu’il ne se passe rien, qui peut être inquiétant pour lui comme pour ses proches ou ceux qu’il côtoie. Mais où le dire, où le déposer, pour que ça fasse traces pour lui ? Ce dépôt, différent d’une déposition écrivait un adolescent, révèle la tentative d’aveu à soi-même que peut receler cette écriture, c’est-à-dire le besoin de ne pas rester enfermé dans un secret donnant forme à des fantasmes. Cette écriture se place ainsi à une limite où le silence du secret se brise en permettant la saisie de l’intime dans ce qui est projeté au dehors et en avant. C’est un franchissement, qui potentialise l’irréparable qui s’est produit. C’est de la conséquence pour soi de cet irréparable dont il s’agit de laisser venir au jour les traces. Comment repérer ce qui nous constitue comme un advenir plutôt que comme un destin, forme qui hante les adolescents, qui serait la réalisation d’un savoir déjà là ?
5 – La dimension d’appel
Elle est rapidement dite clairement dans les messages. C’est surtout un appel à l’entraide lancé aux autres adolescents, en étant rassuré par la présence d’une équipe d’animateurs. Ainsi une jeune fille, qui la première fois fait part à sa mère de l’expérience qu’elle qualifie de « l’irrémédiable ou l’irréparable », se sent dans l’impossibilité de lui en reparler alors que cette expérience se répète, qu’elle ne s’est donc pas épuisée, qu’elle-même ne lui a pas encore inventé une issue. Elle témoigne ainsi d’une nécessité de la séparation, mais qui pour se réaliser doit pouvoir trouver un répondant ailleurs. C’est cet ailleurs comme lieu habité que veut faire vivre l’Espace d’échanges. Dans la faille qui s’est ouverte pour elle peuvent s’inscrire les traces du parcours auquel elle est appelée, traces qui seront recueillies par d’autres au fil de leur propre cheminement. L’animateur de l’Espace en prêtant son propre écho à ces mouvements intérieurs tâche que dans chaque expérience individuelle résonne pour tous leur dimension d’appel.
6 – De quelques messages
Dans l’Espace d’échanges ont été déposés des moments ardus pour certains jeunes : évocations d’envie de suicide, de moments périlleux, de mises en danger. Dans plusieurs cas, nous avons pu craindre une éventuelle dégradation avec risque d’arrivée aux urgences hospitalières. A côté de cela, les envois parlent de sentiments éprouvés, tels l’ennui, le spleen, l’envie de partir, les difficultés amoureuses, amicales, familiales et sociales... Le retour sur les traces laissées est évoqué par certains, à travers le fait d’aller se relire suite à des échos reçus d’autres. Les deux temps que nous avions supposés se dessinent, le premier étant un « semer au vent », le second une reprise pour soi. La possibilité d’écrire dans l’immédiateté et de faire écho dans un temps différé,
notamment du fait que la discontinuité des interventions de chaque adolescent n’affecte pas la continuité de l’espace d’échanges, laisse à chacun sa temporalité subjective. Un long silence suscite des demandes de nouvelles d’un autre. Certains ont évoqués aussi l’effet qu’ont pu avoir les échanges sur certains aspects de leur vie.
Les messages continuent à nous interpeller dans ce qu’ils témoignent chez leur auteur de moments de choix en formation, en ce comprit à propos de la sexualité. Nous avons senti combien il est parfois difficile de faire confiance à la parole, sans tomber dans la complicité, et en plaçant en même temps des balises ou en rappelant des limites sans déposséder l’adolescent de ses tâtonnements. Les deux types de réactions, du fait que plusieurs animateurs peuvent faire écho, nous semblent assurer le maintien d’un espace constructif d’individualisation. D’autres messages témoignent de passages vraiment périlleux, de « bouteilles lancées dans le vide ». Une réponse en forme de maîtrise d’un animateur serait une catastrophe de surdité à ce qui se joue. En revanche, des échos divers font ouverture et invitent par là à une prise de distance.
VI – POUR L’AVENIR
• Un outil de prévention
Nous pensons réellement que cet espace d’échanges est un moyen de prévention générale. Mais ils donnent aussi lieu, dynamiquement, à l’accueil des problématiques préoccupantes d’adolescents, et à une forme de rencontre entre les adolescents et le professionnel adulte sensible à ces questions.
• Un développement qualitatif
L’ambition est de développer Passado comme moyen pour les adolescents qui souhaitent élaborer quelque chose de ce passage. Il n’a pas pour vocation d’être un site sur l’adolescence en général. Bien entendu, certains liens seront faits sur le site qui peuvent intéresser chaque adolescent. Mais le site prend sa vie dans ce qui s’élabore au fil des messages dans l’Espace d’échanges, par ces aller-retour entre adolescents, entre adolescents et animateurs et entre animateurs aussi, dans la pâte feuilletée qu’ils façonnent. Ce qui en émergera, pour chacun et comme traces à recueillir pour qui le veut, aura été anticipé par des actes d’expression et d’écriture.
Une dynamisation de l’espace public et une ouverture à d’autres initiatives.
Notre objectif actuel est de donner plus d’envergure à la mission sociale et culturelle du site par le biais de l’espace public. Le résultat concret escompté serait d’offrir au public un témoignage de l’adolescence réalisé par les adolescents. Cet espace traduirait les difficultés de l’adolescence, mais aussi sa créativité, ses questions, ses capacités et témoignages en veillant à la singularité de ce qui est donné à voir. Un tel espace ne pourrait être que plus précieux pour les adolescents (inscrits ou non inscrits dans l’espace d’échange) en tant que lieu dans lequel leur histoire se confronte et/ou se lie à d’autres histoires. Il pourrait également être intéressant pour les personnes qui travaillent avec des adolescents et plus largement avec des personnes vivant avec eux (les adultes de leur entourage) pour mieux appréhender leurs vécus.
Ce qui germe dans l’intimité de l’espace d’échange sera ainsi potentialisé dans l’espace public pour alimenter l’histoire collective. La collaboration avec d’autres intervenants du secteur de la jeunesse (secteur associatif, culturel et les structures de l’enseignement) avec des finalités semblables permettrait d’articuler dans cet espace des « voix adolescentes ».
Cette diversité pourrait ainsi démultiplier les effets et enrichir les trames des échanges et les modes d’expression des adolescents.
Dans un deuxième temps nous aimerions promouvoir une constellation d’espace d’échange autour de l’adolescence (ouvrir une toile dans la toile). Cette constellation d’espaces pourrait permettre une meilleure compréhension des expériences d’adolescents et de leurs besoins par la société.
L’espace public devenant une plateforme de témoignages multimédias il contribuera ainsi à la fonction anthropologique de régénérescence de la société grâce aux apports et interpellations de la nouvelle génération.