Signature – Comment le poéte Michelena a pu (re)devenir Michel Jean-Paul

Signature

                   

Notes et réflexions proposées par AM suite à la lecture d’un poème de Jean-Paul Michel et d’un texte de Christophe Rossom commentant l’oeuvre de ce poète (Revue L’étrangère , nº4-5, Éditions La lettre volée , 2003, pp. 45 à 65)

 

Comment le poéte Michelena a pu (re)devenir Michel Jean-Paul

 

Durant un premier temps (1975-1991), il écrit sous la signature Michelena pour dénoncer les errements du langage., hérité des parents, usé et sali par l’usage quotidien, vidé de sa substance et de sa violence par l’emploi lénifiant qui en est fait par la plupart. Il cherche à détruire ce qui lui apparaît frauduleux, mensonger et sans portée. , soutenant une véritable entreprise de démembrement et de découpage : « pour moi, dit-il, hélas, j’écris avec des ciseaux »

Mais en même temps déjà, au revers de cette atteinte portée à la langue, se laisse pressentir ce qui manque pour accéder à la beauté de l’être : « notre pensée manque de la douceur qu’il faut pour a / border la dé / licatesse de // ce qui est » .

Dans un second temps, après ces électrochocs jugés nécessaires, Michelena peut (re)devenir Michel , il se (re)connaît sous son patronyme, nom transmis par son père. Conjointement à cette retrouvaille, une esthétique nouvelle se met progressivement en place. Après le temps des sacrifices qui consistent à casser les langages faux, à la faveur d’événement de la vie dont la naissance de sa fille, Michel revient à lui-même et se réinscrire dans sa filiation. Une chose est claire à ses yeux dorénavant : il faut refuser la plainte, le cynisme et la macération pour s’engager sur le chemin d’un art qui soit confiance et célébration fastueuse de ce qui est.

Comme il en va souvent lors de la traversée adolescente, cela commence par un temps de dénonciation de la langue et du nom, ainsi que des erreurs du présent et de l’héritage. Mais un tel mouvement de destruction ne peut et ne doit pas avoir le dernier mot. Il s’avère en réalité que ce n’est que le temps d’un sacrifice permettant de faire éclore une affirmation d’être et un engagement sous-jacent, selon une fidélité qui enjambe la rupture et rejoint le langage transmis comme rafraîchi.

Un passage d’un poème, écrit lors d’une de ses visites à la British Library, reprend la courbe d’une telle retrouvaille prenant figure de Révélation :

 

Pour être frappé d’une Révélation décisive il faut

avoir erré jusqu’à se perdre ne plus

savoir certaine de lumière – à ce point orphelin qu’alors

peut répondre un

Père

 

Dans le partage de cette lecture, peut-être sera passé quelque force ou appui pour celui ou celle qui se trouve au milieu du gué du sacrifice, sans encore pouvoir saisir la puissance vive qui s’y loge comme en attente de se voir révélée.

AM

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