Fragilité- Les désaxés

Un échange m’a fait réfléchir à la différence qu’il y aurait entre la sensibilité et la fragilité.

Je crois en effet qu’on les confond souvent si facilement. Marylin Monroe était sûrement quelqu’un de très fragile. Arthur Miller, écrivain et dramaturge, qui fut brièvement son mari, avec qui elle tourna Les désaxés , titre évocateur, est sans doute quelqu’un de sensible. Je suppose que ces personnes me viennent à l’esprit, car il y a peut-être là comme une sorte de mariage entre la sensibilité et la fragilité. Mais il n’est peut-être pas toujours heureux !

La sensibilité est la capacité de recevoir ce qui vient des autres et du monde, de s’en laisser imprégner, de s’en laisser enrichir d’une façon d’abord toute sensitive, corporelle presque, ce qui n’exclut pas les mots, à un arrangement desquels, quoi qu’ils signifient d’ailleurs, on peut se trouver sensible, comme par exemple dans la poésie.

La fragilité en revanche évoque la proximité d’une cassure, l’éventualité d’une effraction. C’est l’état dans lequel on se « sent », d’où peut-être l’idée de sensibilité qui s’y ajoute, sans protection immédiate, démuni.

C’est pourquoi je trouve que la sensibilité évoque une relation à notre intimité très différente de ce qu’évoque la fragilité. Si l’on voit l’intimité comme une sorte de lieu intermédiaire où élaborer pour la conduite de soi-même ce que l’on vit, elle me semble être l’endroit où peuvent se mêler ce qui vient de moi et ce qui vient du monde, ce qui est du dedans et ce qui est du dehors. Dans la fragilité, en revanche, il me semble que ce lieu de l’intime est détruit, à tout le moins effacé ou inhabitable, ne serait-ce que pendant un temps.

Sans doute faut-il de temps en temps pouvoir être fragilisé. Quand on perd un peu le contact avec un trop d’évidences, ce n’est pas toujours si mal. Du moment que cette absence de défense dans laquelle on se trouve alors ne soit pas ouverture à du mal qu’on nous ferait.

Mais ce qui me semble très intéressant, c’est que je pense que la sensibilité est capable de nous donner beaucoup de force. La possibilité d’accueillir en soi ce qui vient des autres et du monde est à la base du fait qu’on puisse faire quelque chose du monde pour soi et pour les autres. De ce point de vue, la fragilité est toute autre chose, et peut-être, dans le meilleur des cas, un état qui lui serait antérieur.

MH

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