Un petit rien

 

C’est quoi votre identité, ce que vous percevez de vous, comment vous croyez être ???

 

Cette question était proposée, mine de rien , par un prof comme thème de réflexion en groupe avant une journée de classe. La participante qui nous la ramenée n’avait « pas du tout envie de répondre à cette question. »

Je ne me perçois pas moi. Si je ne me reconnaîs plus, comment est-ce que je peux expliquer aux autres qui je suis ???, écrivait-elle.

 

Face à cette difficulté de savoir comment dire ce « qui je suis », un bel échange a eu lieu qui ouvrait de nombreuses questions tout en soulignant quelques fonctions intéressantes de l’Espace d’échanges de PASSADO. J’ai eu envie d’en reprendre ici quelques bribes qui m’ont particulièrement frappées.

Une première réaction engageait à ne pas parler, pour deux raisons :

  • De un, on ne se connaît pas vraiment soi-même, d’ailleurs quand quelqu’un dit un trait de ton caractère, tu te demande : ah bon, je suis comme çà ?
  • De deux, je n’ai pas envie que les autres sachent qui je suis car souvent les gens utilisent tes points faibles pour te faire du mal.

 

En définitive, le participant qui faisait cette réflexion proposait la réponse suivante à la question de du prof : je pense que ce n’est pas à moi de répondre à cette question mais il faut demander aux gens qui me connaissent, on ne se connaît pas vraiment soi-même…

A travers cette réponse, il me donnait l’impression de creuser comme un vide en lui-même, un petit rien pour faire place à soi-même à partir des autres.

Entre l’intimité de soi-même où se logent nos points faibles et leurs repérages par les gens qui nous connaissent, il n’est pas facile de trouver ce « soi-même » : c’est aussi difficile d’accepter de parler de soi-même que d’accepter d’être parler par d’autres. Comment résoudre cette tension ? Car entre les deux, c’est comme si il n’y avait rien .

La participante qui avait amené la question craignait qu’en ne répondant pas, le prof lui demande : « oui mais toi, tu vois quand même quelque chose, tu n’es pas rien. »

Une troisième participante est venue à la rescousse en proposant une articulation entre l’importance de se connaître et le rôle joué par les autres par rapport à soi-même : son témoignage raconte l’histoire d’un soi-même tellement pris dans le regard des autres qu’il ne sait même plus se voir dans la glace, jusqu’à l’effacement généralisé : plus rien ! C’est alors qu’une place s’est trouvée pour devenir quelqu’un, dans le rien provoqué par l’effacement. De cette nouvelle place, les autres peuvent être vus, avant tout…

 

Moi, je ne voulais pas m’accepter avant et mes relations envers les autres s’en ressentaient. Qui étais-je? Je n’étais rien, ni personne. Comme me percevais-je? Je ne me percevais pas, je ne voyais pas mon reflet dans la glace. Les autres m’ont effacé de leurs vie, maintenant I’m back!! C’est mieux ainsi, j’ai une place, je suis quelqu’un. Je suis pas grand chose, mais je suis là, j’existe. Pour les autres, avant tout…

 

A partir de cette expérience, cette participante donne le conseil suivant pour ouvrir un espace à soi-même à partir du regard des autres « qui fait ce que je suis » :

 

C’est ce que je te conseille, mets toi face à toi-même, devant un miroir ou une feuille de papier blanche (et écris).

 

Quand il n’y a plus rien dans le miroir, rien sur la feuille blanche, et pourtant quelque chose s’y profile, comme entre parenthèses – (et écris) : un face à face avec soi-même, en mouvement dans la parenthèse grâce au riens qui se sont creusés, transformant ces riens en espaces ouverts pour (se) dire à soi-même et puis aux autres.

Cela va être mis en pratique, déjà rien qu’en poursuivant le dialogue sur l’Espace d’échanges rendu possible car PASSADO s’avère un lieu sans jugement : Ici, ça ne me dérange pas qu’on sache comment je me perçois ou quelle est ma personnalité parce qu’il n’y a pas de jugement, mais dans une classe avec 25 autres ados, et ben, c’est pas facile.

Ce « sans jugement » est un petit rien qui engage à faire exister, à travers l’écriture, ce soi-même qui reste caché. De plus, sur PASSADO, on ne se voit pas, pas d’autre perception de l’autre que de ce qu’il parl’écrit . Rien d’autre de l’autre que ses lettres, sa « partie secrète ». De ces petits riens qui ne sont pas rien , PASSADO trouve sa fonction, existe.

 

Enfin moi, je trouve que sur Passado de toute façon, c’est différent de la vie courante. Comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas le physique que l’on découvrira. Ca on ne le saura peut-être jamais, mais on découvre la partie secrète de l’autre, celle que peu de personnes connaissent, celle que si quelqu’un connaît, il l’a connu en tout dernier lieu et c’est ça la différence, et en même temps c’est mieux comme ça. Sans jugement, pourquoi caché qui on est.

 

C’est différent de la vie courante, et c’est sans doute cette différence qui peut permettre de soutenir, supporter le rien dans la vie courante, de le mettre en œuvre pour faire vivre soi-même. Ce n’est pas pour rien que, sur PASSADO, on pose beaucoup la question du sens de la vie face à la mort, quand soi-même, face au rien , cherche à rebondir.

L’Espace d’échanges est un lieu qui invite à faire bon usage de ce rien, à le transformer en point d’appui pour de nouveaux possibles. PASSADO a l’espoir de permettre l’appropriation de ce soi-même qui nous articule au monde, à travers l’absence du physique de chacun, l’absence de jugement, le blanc d’un message non encore écrit, l’absence de réponse à tout qui signe le rythme de chacun : autant de petits riens .

Oui parfois c’est dur d’attendre une réponse et puis de voir que l’on en a pas. Ca arrrive et c’est comme ça, on sait rien y faire. Mais en même temps, on peut tellement donner et recevoir ici.
On se rend compte qu’on est pas tout seul dans notre problème, qu’il y en a d’autres qui l’on déjà vécu ou qui le vivent.
Et puis enfin pour moi j’ai toujours écrit ce qui allait pas et avec Passado et bien l’écriture prend une nouvelle dimension parce qu’elle peut aider d’autres comme elle peut demander de l’aide.
Enfin voilà, j’avais envie de donner mon point de vue sur la présence, c’est tout.

 

C’est tout.

Un petit rien.

Trace des passages.

 

 

 

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