« J’ai la haine »

Blessure incompréhensible, centre vif d’une expérience très douloureuse, attaque injuste. La haine vit ainsi en soi.
On n’aime pas la sentir ou en parler. Mais l’Espace d’échanges a accueilli ces derniers mois plusieurs fois des messages où cette haine s’est exprimée. J’ai eu envie d’en laisser ici une trace, dans laquelle j’ai tenté d’en voir des ressorts.

La haine agit sans cesse, insupportable, paraissant en trop. Elle envahit, elle emprisonne, elle ronge et elle dévore. « Moi, j’ai la haine de pouvoir me faire du mal, haine d’en avoir mal, haine parfois de ne pas me supporter… je me hais ». Cela tourne fou.

La haine semble venir d’une expérience personnelle dont les marques ont laissé des blessures très difficiles à revisiter. Cela fait une rupture dans le chemin de vie. Comment est-il dès lors possible d’inscrire quelque chose de son devenir adolescent ?

L’expérience de la haine a des racines profondes. Elle a porté une négation sur quelque chose de la vie elle-même, qui a fait irruption dans l’enfance, comme le disent des participants et le chanteYves DUTEIL, dans des rimes écrites en sa défense,

La peur, la haine, la violence
Ont mis le feu à leur enfance
Leurs chemins se sont hérissés
De misères et de barbelés
(Pour tous les enfants du monde)

A l’adolescence particulièrement sans doute, on s’aperçoit que ce sentiment était là, mais qu’on ne se le connaissait pas. Il apparaît comme impensable.

C’était écrit
là où je ne connaissais pas l’avenir
(…)
j’ai compris alors que
je perdais le contrôle de moi-même
que mes pensées laissaient place à la haine
(…)

La haine témoigne qu’on a du mal à croire en la possibilité d’un point d’appui pour recréer le monde et la vie, qui du coup paraissent impossibles pour soi.

(…)
j’ai commencé à douter
oui on ne vit que pour mourir un jour
le monde n’apporte rien en retour
que de la haine pour, à chaque seconde, se mutiler
que des mots pour accompagner la peine et les pensées
(…)
le monde me dégoûte
alors c’est un appel à l’aide
(…)
d’une chose en détresse
(…)

Elle semble aussi transformer en chose, car

« Oui la haine, je ne suis pas quelqu’un je suis PERSONNE
une chose qui fait mal »

Comment dès lors devenir quelqu’un par-delà la haine ?

Ce qui fait la base et la solidité de la haine est peut-être le profond refus qui est à son origine, dont on s’est servi pour se protéger. Ce refus peut-il devenir la source d’une force ?

Empêcher qu’elle tenaille puis qu’elle emporte pour ne pas être réduit à tenter de la faire taire en détruisant quelque chose ou quelqu’un.

Vivre nécessite de croire qu’il est possible de construire autrement. C’est peut-être comme un écho lointain de cela que revient cette impression bizarre que la haine peut sembler être « ma plus grande qualité ».

MH

 

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