Violence

 

« La vie, aujourd’hui. »

C’est le titre d’un message adressé à l’Espace d’échanges, et au fond à tous, dans la suite de l’agression meurtrière de Joe Van Holsbeke à la gare Centrale de Bruxelles en avril 2004.

Un titre simple, coupant par une virgule entre la vie et l’aujourd’hui, comme pour ne pas les lier trop, comme pour éloigner la vie de l’horrible que vient de montrer l’aujourd’hui.

Quelle vie ? Le prix de sa liberté va-t-il se laisser enfermé dans celui qu’impose la violence ? Le prix de la vie se mesure-t-il aujourd’hui à celui d’un simple objet ?

La mort dramatique, comme l’est celle de Joe, laisse une place où le vide est plus que vide. C’est le vide de l’absurdité et de l’injuste. Y plane un silence de mort, qui atterre chacun, qui jette dans un trou noir.

Cette mort violente fait penser aux autres violences, verbales et morales, les harcèlements, les suicides, celles aussi que nous connaissons tous, quotidiennes, parfois toutes petites, nier quelqu’un ou lui répondre avec des mots qui veulent faire mal… Toujours alors, ce repli sur soi, le silence de ce qui est tu par peur d’un autre. La peur.

Ce silence est-il celui de la mort ? Il continue plutôt la violence qui impose la mort au mépris de la vie, contre la vie. « Pour enfoncer 5 fois le couteau dans le corps de Joe, il faut qu’il y ait forcément envie de mort. Mais je pense que l’on pourrait creuser de ce côté.. qu’ont vécu les meurtriers avant pour devenir ainsi, pour que la vie a leurs yeux n’ait pas plus de prix qu’a un mp3 ? » La chance de la violence est de souligner la vie.

« Qu’est ce qui pousse la violence de grimper dans les échelons, de passer d’une insulte à un coup de poing à .. un meurtre?!? d’ou vient elle? par qui? est ce de la haine, de la peine, de l’absence d’amour, ou l’absence d’éducation, ou juste des jeunes qui n’ont pas de repères..? la faute de qui, au départ? d’abord celle des deux meurtriers, oui. mais avant.. est ce la faute de la société, ou des parents, ou encore avant, si ces jeunes garçons sont incapables de se contrôler, d’avoir une notion de bien et de mal ? » Elle appelle à être transformée en influx de vie.

De la place où s’est fait un vide, le silence se transforme.

Il s’inscrit d’abord dans le partage d’une minute de silence.

Puis suit une marche « silencieuse, pas parce que personne ne parlait, mais parce qu’il n’y avait pas de slogans agressifs ou autres. Génial que tant de gens se réunissent, alors qu’ils n’ont rien en commun, ni la couleur de peau, ni la classe sociale, ni la religion. »

Avoir en commun de répondre à l’appel de la vie que la violence a surpris en défaut. Parler, échanger. Au fond des mots se retrouve la vie.

Ce qui arrive à être exprimé permet alors de penser et d’inscrire un tel acte dans la société d’aujourd’hui. La nécessité de l’aujourd’hui.

Inscrire, faire aller la plume et le clavier, contresigner, aller dire, faire passer le message, comme la navette sur le métier à tisser pour retisser quelque chose ensemble qui rende la confiance dont on a besoin.

MH

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