Sans sortir

 
« S’en sortir » est une expression qui revient souvent dans les messages sur Passado, sans qu’on sache toujours très bien de quel lieu il faut sortir.

Faute de pouvoir l’identifier, ce lieu, on y reste « sans sortir ». Ce qui est clair, c’est que le « s » apostrophe (s’) dit que c’est soi-même qui doit sortir de quelque part. Il y a alors parfois une confusion entre soi-même et le lieu dont il faut sortir : soi-même qui est attaqué comme le lieu dont on voudrait sortir, pour en sortir.

Ca donne lieu à des échappées solitaires – fugues ou retraites –, à des automutilations, à des tentatives de suicide : comment, en effet, échapper à soi-même ?

« S’en sortir » résonne alors comme « sans sortir » et vice versa.

Dans les derniers messages, l’idée de « sortir » faisait tantôt référence à l’amusement, au fait de suivre ses envies, tantôt au fait de « sortir avec » un ou une autre.
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En ce qui concerne l’amusement, j’ai été surpris de le trouver associé à une grosse culpabilité :

– « sortir » provoque un éloignement par rapport à d’autres qui ne vont pas bien et dont on serait la cause du mal-être ;
– « sortir » n’apparaît que comme un éloignement virtuel qui n’apporte rien à l’existence et se révèle incapable de transformer la réalité.

Bref, à quoi bon.

A quoi bon reussir a penser a moi, a me faire plaisir si dès que je rentre chez moi je suis confronté à tous ces problèmes. J’ai beau faire tout ce que je veux pour m’amuser et passer du bon temps, je finis toujours soit par me sentir coupable d’être bien alors qu’a cause de moi les autres ne vont pas bien soit par revenir a la realité de ma non existence.

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En ce qui concerne le suivi des envies, le danger guette. Il est mortel.

Parce que dans la vie
On a beau répéter de faire attention
On a beau faire des préventions
Chacun suit ses envies

Parce que suivre ses envies
Conduit parfois à perdre sa vie
Parce que vous êtes partis
Parce que votre vie elle est fini

Devant de tels risques, du « sans sortir », on n’en sort pas. Comment conduire ses envies plutôt que d’être conduit par elles ?

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En ce qui concerne l’idée de sortir avec un(e) autre, il y a également péril en la demeure. La nouvelle arrive vite aux oreilles des copains, de l’entourage. Les commentaires « sortent » la « sortie ensemble » de l’intimité qui se crée. On préférerait parfois être resté sans sortir. Mais l’envie de « sortir » reste plus forte que l’amitié.

jai sortit aec un de mes chum de gars (…) et jai rompu apres deux semaine (ses au mois de novenbre) et ses drole mais je nai jamais plu eu la memme relation(amitier) et je trouve sa dommage parce que l’amitier est tellement plus importante que l’amour vous ne trouver pas

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Sortir, c’est passer d’un territoire à l’autre, passer de l’amitié à l’amour, de la souffrance au plaisir,…

Sortir, c’est prendre une place différente que celle qu’on tenait auparavant, car ce n’est pas si simple de tenir sa place.

Sortir, c’est comme une petite mort qui invite à se re-susciter, pour se retrouver à côté de ce qui était.

Investir cette nouvelle place n’est pas facile. Manifestement, chacun a plus tendance à en relever les dangers que les bienfaits, au sein desquels pourtant se trouvent les limites de soi-même, le dessin des contours qui indique qu’on en sort.

TF

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