Le deuil, la trace et le temps

Une participante écrivait sur Passado

Aujourd’hui ça fait exactement 4 mois qu’un de mes amis a sauté d’un immeuble et je n’arrive toujours pas à me dire qu’il est mort. On dit souvent que le temps éfface les blessures, mais sont-elles vraiment toutes destinées à disparaître?

Les animateurs ont échangé à partir de ce message, évoquant, chacun à leur manière, la trace qui ne disparaît pas, mais se transforme…

…Telle une blessure que le temps aide à cicatriser. Le temps, mais pas seulement.

« Se dire qu’il est mort » ferme la blessure tout en gardant la trace de l’ami. Arriver à se le dire peut passer par arriver à le dire, et l’Espace peut être un lieu pour ça. La blessure peut être soignée en l’enrobant de mots, ses propres mots, ceux des autres en écho. Il faut du temps, et prendre soin de la blessure.

…Telle un tiroir, qui prend trop de place tant qu’il est béant, débordant, puis petit à petit se réintègre parmi les autres tiroirs de notre vie. Il est là, on peut le laisser fermé, ou l’ouvrir, puis le refermer.

…Telle la trace d’une esquisse ratée ou d’un accroc dans un tableau. Il semble irréparable, gâché à jamais, et pourtant, le temps que la peinture sèche, et il sera possible d’ajouter d’autres couches, d’autres couleurs, d’estomper, de transformer la brèche. La vie vient ajouter couleur après couleur sur les peintures anciennes. Le tableau gardera à jamais la trace de ces couches successives, de manière plus ou moins visible à l’œil nu. Peut-être le deuil demande-t-il du temps et un certain nombre de couches, d’étapes, avant d’avoir à nouveau un tableau harmonieux, avec lequel on est bien, où la brèche s’est intégrée dans un ensemble équilibré.

Il faut du temps donc. Non pour effacer, faire disparaître, mais pour transformer.

Le temps seul n’y arrive pas forcément. Il a besoin de chacun de nous ; il a besoin de mots prononcés, écoutés ; il a besoin de présence à soi, à l’autre ; il a besoin que l’on prenne soin de soi, de l’autre, de la blessure en soi ou en l’autre.
Et puis, il faut faire avec le temps, il ne se laisse pas réduire.

Toutes ces métaphores nous aident à supporter la douleur et le temps, la douleur qui reste, longtemps.
Si vous avez, vous aussi, des métaphores à proposer, n’hésitez pas, venez les ajouter aux nôtres, afin que chacun puisse y trouver celle qui lui parlera au cœur et viendra l’aider à prendre soin de sa blessure.

RM, à partir des échanges entre animateurs

publié dans le scriboire, trace des passages and tagged , , , .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *